Un air anglais, le retour….
Ceux qui me suivent depuis le début connaissent mon anglophilie, aussi vous en remet-je une couche sous le patronage de Bob Hoskins!

Au commencement: le polar british!
S’il est un genre que les britanniques pratiquent avec succès, c’est bien le genre criminel. Leur histoire il est vrai les y a aidé, de Sweeney Todd à l’éventreur du Yorkshire en passant par John Christie et bien sûr Jack l’éventreur, le passé du Royaume uni recèle quantité d’horreurs dont la littérature puis le cinéma ne pouvait que se saisir. Voici une sélection de trois films parfois contestés à leur sortie mais considérés désormais à juste titre comme des classiques. Vous vous en doutez, il n’y aura rien d’original dans ce choix, les oeuvres en question ayant été largement commentés, analysés et étudiés. Souvent avec brio, à ce propos, je vous renvoie à l’excellent article de Cathi Unsworth sur le sujet « Brit grit » paru sur le site DVDKlassisk.
C’est parti!
Performance de Nicholas Roeg et Donald Cammel (1968)
Performance ou le thème du double.
Turner, un truand brutal qui a doublé son employeur, se réfugie chez une pop star déchue et hippie décadent. Une relation ambigue s’établit alors entre ces deux hommes que tout sépare.
Rarement un film aura à ce point plongé dans l’ambivalence. L’affiche annonce d’ailleurs la couleur avec les portraits de James Fox et Mick Jagger arborant chacun des allures totalement opposées. Maquillages, cheveux longs à la limite du travesti sur les uns. Sur les autres, visages nus, coupes courtes respirant le gel et la laque, loin du poil libre prôné par la mode d’alors. Une fois passé le portail de l’affiche, le film tient les promesses de la devanture. Ambiguité, ambiguité, encore et toujours. Dans les tons employés lors du récit qui débute tel un film de gangsters classique, continue en huis-clos vénéneux et sensuel pour s’achever à la limite du fantastique. Dans la constante des déguisements, entre les lunettes noires de Fox au début de l’histoire et le kimono de Jagger.
Et pourtant, et pourtant…c’est là que le criminel endurci et le bohème se rejoignent. Tous deux marginaux chacun à leur façon, les deux hommes sont moins différents qu’il n’y paraît. L’un vit dans une réalité sinistre, l’autre dans la fuite dudit réel par la drogue et une sexualité débridée. Il serait à ce propos tentant d’y voir un sous-texte homosexuel, surtout à notre époque ou il convient de voir du rose là ou il n’y en a pas forcément. Il est vrai que certains éléments appuient cette hypothèse. Le look très « Madame Arthur » de Jagger sur l’affiche et sans doute davantage la chanson « Memo from Turner » qui prête un passé de gigolo au susnommé en dépit de son attachement revendiqué à a virilité. Mais il ne s’agit que de sous-entendus et, du reste, ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est la ressemblance chez l’autre aussi différent qu’il semble.
Un sujet qui demandait en cette fin d’années 60 un courage certain. Ce qui fait de « Performance » un précurseur, une influence dont se nourriront beaucoup, notamment William Friedkin pour son chef d’oeuvre: « Cruising »





« La loi du milieu/Get carter » de Mike Hodges (1971)
La loi du milieu, ou la course à la mort.
Jack Carter, truand membre de « L’entreprise » londonienne se rend à Newcastle sa ville natale pour y enterrer son frère décédé lors d’un accident. Carter ne va pas tarder à se rendre compte que les causes de la mort de son frère sont toutes autres, ce qui va le mener à une série de découvertes de plus en plus sombres.
Inspiré du roman « Le retour de Jack/Jack’s return home » de Ted Lewis, « La loi du milieu » brosse à travers son interprète principal Michael Caine un portrait particulièrement cru du milieu criminel, s’éloignant en cela de l’image souvent drolatique ou pittoresque que le cinéma en donnait souvent. C’était d’ailleurs la volonté de Caine qui connaissait bien les truands pour avoir grandi à leurs côtés dans les quartiers sud de Londres ou il avait grandi. Donc, ici, fini de rire. Implacable, froid, sans compassion et sarcastique, Carter ne fait pas rire et n’inspire par la même aucune sympathie. Pour paraphraser Victor Hugo, il est « une force qui va » vouée à détruire quiconque se trouve en travers de son chemin. Ce caractère se retournera contre lui quand a la fin de sa quête initiée par la mort de son frère l’affectera d’une manière inédite et d’autant plus douloureuse pour lui jusque là préservé de ce genre d’émotions.
Un grand film concentrant ce qu’il y a de meilleur dans le polar britannique, sec, violent, âpre mais pas complètement dénué d’humanité. A signaler pour finir les excellents seconds rôles, Britt Ekland et Ian Hendry.



» Du sang sur la Tamise/The long good friday » de John McKenzie (1980)
Du sang sur la Tamise ou le piège fatal.
Shand, caid du milieu londonien en quête de respectabilité semble sur le point d’atteindre son but ne signant un accord potentiellement fructueux avec des partenaires américains. Hélas, une série d’attentats perpétrés contre ses entreprises compromettent ses projets. Ulcéré, oubliant le code de bonne conduite qu’il s’était fixé, Shand va à la recherche des coupables, bien décidé à en découdre.
Il y a en un sens du Carter chez Shand. Comme le héros de « La loi du milieu » Sahnd est blessé au profond de lui-même et de surcroît dans ses ambitions. Mais à la différence de Carter qui n’a qu’une maîtresse, Shand est un homme marié qui peut se reposer sur sa femme (Une Helen Mirren à ses débuts, très prometteuse) Hélas ni son énergie, ni l’amour de son épouse ne le sauveront. Autre différence avec Carter qui court vers une mort qu’il pourrait éviter, Shand est condamné d’avance.
Outre les principaux interprètes, Bob Hoskins et Helen Mirren, il faut signaler les seconds rôles, Paul Freeman, futur adversaire de Harrison Ford dan « Les aventuriers de l’arche perdue » et un tout jeune Pierce Brosnan. Ainsi qu’Eddie Constantine dans un registre qui l’éloigne singulièrement de « Ces dames préfèrent le Mambo »Et c’est heureux.



A suivre!
