Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Littérature.

Aujourd’hui: » Les têtes de Stéphanie » de Romain Gary (1974)

Stéphanie, mannequin vedette, est prise en otage avec d’autres voyageurs dans l’avion qui l’emmène au Moyen-Orient. Tout un monde s’agite alors, allant des commanditaires des preneurs d’otages aux diplomates chargés de débrouiller l’affaire.

Rédigé au milieu des années 70, « Les têtes de Stéphanie » est une parenthèse dans l’oeuvre de Romain Gary en cela que l’auteur s’y adonne à un genre pas toujours bien vu: l’espionnage. Est-ce pour cela qu’il l’a signé sous le nom de Shatan bogat? (Humphrey Bogat?) Bien sûr que non. Preuve en est le timbre poste qui orne un coin de la couverture ou figure le visage de monsieur Kacew (Le vrai nom de Romain Gary NDLR) Gary ne s’était caché que pour « L’homme à la colombe » satire des milieux diplomatiques en général et de l’ONU en particulier. signé Fosco Sinibaldi afin d’assurer un incognito indispensable à l’écrivain lui-même diplomate dans l’organisation qu’il brocardait dans son livre. Plus tard, Gary ira jusqu’au bout de la mystification, piégeant ainsi l’académie Goncourt (Bien fait pour ce phalanstère de snobinards) créant ce qui deviendra la célèbre affaire Emile Ajar. Mais je m’égare.

Poursuivons, et pour faire le lien avec le paragraphe précédent, la diplomatie joue un rôle primordial dans « Les têtes de Stéphanie » ce qui s’inscrit évidemment dans les thèmes et les réalités de l’époque. Terrorisme, prise d’otages aérienne, tensions avec le Moyen Orient ( La situation n’est pas si différente de nos jours) Par ailleurs, Gary respecte les codes du genre qu’il aborde pour l’occasion. Action, suspense et exotisme sont au rendez vous avec un humour bienvenu mais qui ne tourne jamais à la parodie. Par contre, cela reste un livre de Romain Gary, reflétant les préoccupations de ce dernier sur l’âge, le désir, et surtout la réaction face au danger chez ceux qui y sont à priori le moins préparés. En l’occurrence, l’héroine qui donne son titre au livre, modèle pour magazines brutalement plongée dans un univers de violence et de mort. Par là même, Gary confirme sa fascination pour les femmes extravagantes, dont sa vie fut peuplée très tôt et d’abord par la première d’entre elle: sa mère. En l’espèce, la source du personnage de Stéphanie se trouve plutôt chez celle qui fut sa compagne, la tragique Jean Seberg. Il est d’ailleurs troublant à a lecture de ce livre qui narre les déboires de cette jeune femme face à la plus grande brutalité de penser au sort funeste de Seberg retrouvée morte dans le coffre d’une voiture.

Au final, un roman distrayant, intelligent, à la fois inhabituel et très personnel dans l’oeuvre de son auteur. A lire.


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