Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

« Emmanuelle, aime les intellectuels et les manuels… »

Ce vers de Serge Gainsbourg pour introduire cet article consacré aux musiques des films érotiques français issus du succès phénoménal autant que planétaire du « Emmanuelle » de Just Jaeckin. Le film de l’ancien photographe mérite à ce titre le nom de classique en cela qu’il définit le cinéma érotique grand public. Tous les tics du genre sont ici présents: des actrices peu ou pas connues et souvent anciennes mannequins dans le rôle principal (Lesquelles auront des carrières souvent brèves, et souvent cantonnées dans le Bis comme dans le cas de Corinne Cléry, héroine de « Histoire d’O ») décor exotique, nudités fréquentes, sexualité suggérée, intrigue inexistante, image soignée et….musique sublime! Enfin bien souvent. Et cela valait mieux, le vide abyssal des scripts devait bien être compensé par le soin apporté au visuel. Et au son. Ainsi, nombre de musiciens se consacrèrent-ils à l’exercice, réputés ou à l’aube d’une belle carrière comme Francis Lai, Stanley Myers ou Hans Zimmer, Serge Gainsbourg, Pierre Bachelet ou François Valery. On n’oubliera pas non plus le roi de la batterie Disco et du vibraphone Bontempi: le niçois Marc Cerrone, qui s’illustra dans la variante un poil plus salée de l’érotique pour grandes salles. Je veux parler des très inégales adaptations des romans de gare « Brigade mondaine » Pour l’anecdote, si Gainsbourg se chargea de la musique du troisième opus des aventures de Emmanuelle c’est parce qu’il avait refusé de composer celle du premier malgré l’insistance du producteur Yves Rousset-Rouard, ce qui offrit à Pierre Bachelet un tremplin inespéré sans sa carrière musicale.

Des textes, il est bon de les évoquer un instant car, beaucoup de ces films s’inspiraient de romans érotiques célèbres, à commencer par le premier d’entre eux « Emmanuelle » basé sur le livre signé par Emmanuelle Arsan (Signé, oui, elle ne l’a pas écrit, c’est désormais officiel) Jaeckin continua à tracer ce sillon avec « Histoire d’O » , « L’amant de Lady Chatterley ». D’autres s’attaquèrent à Pierre Louys et de quelle atroce manière. David Hamilton, empereur du caca d’oie (Ce qui lui valut le sobriquet de « Flou sur la colline ») massacra ainsi « Bilitis » puis Robert Fuest fit de même avec « Aphrodite ». Il est vrai que dans les eux cas, les films n’entretenaient qu’un assez vague rapport avec les oeuvres d’origine.

Tout cela pour dire que sans cet habillage sonore, ce type de cinéma n’aurait pas été le même. Peut-être n’aurait-il pas suscité un engouement pareil. Bon, trêve de discours et commençons un voyage dans le temps entre 1974 et 1985, entre Giscard et Mitterrand, la poire et le fromage, le vulgaire et le léché, le charme et l’ennui!


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