Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Les EC comics. Firme légendaire pour ses bande dessinées d’épouvante, abattue par le puritanisme des années 50. Son histoire commence Après-guerre, crée et dirigée par Max Gaines, elle servait des fins pédagogiques (Le sigle EC signifiait alors « Educational comics ») proposant des publications consacrées à la Bible ou à l’Histoire. Cette période fut plus tard nommée le « Pre trend » suivie par le « New trend » ou nouvelle orientation décidée par le fils de Max Gaines: William C. Gaines. Cette nouvelle direction portait les publications vers des genres tels le policier, l’épouvante, les récits de guerre ou encore la science fiction.

Au début de ce « New trend », ce furent les comics policiers qui ouvrirent le bal, mais ces cousins dessinés des films noirs qui connaissaient alors un grand succès évoluèrent vers le fantastique plus ou moins teinté d’horreur (Souvent plus que moins!) Devant l’enthousiasme suscité par ce type d’histoire, la direction d’EC (William Gaines et Al Felstein, souvent auteur pour la firme) créa deux magazines en conséquence: « Tales from the crypt » et « The vault of horror ». Ils se distinguaient par l’apparition d’hôtes (Un concept emprunté à la radio avant d’être repris par la télévision mais c’est un autre sujet) qui introduisaient et concluaient les récits sur un mode humoristique et macabre tout à la fois, à l’image de hôtes susmentionnés à l’apparence hideuse et drôle. « The crypt keeper » « The vault keeper » et « The old witch »

Parallèlement à cette ligne, il y eut celles plus réaliste représentées par « Shock suspenstories » et « Crime suspenstories » recueils d’histoires à suspense abordant fréquemment des thèmes sociaux. Le racisme, la violence politique ou sexuelle, etc. A cette époque, ou l’Amérique était saisie d’une fièvre anticommuniste surnommée « Chasse aux sorcières », cela demandait un certain courage. Ce contexte permet de faire le lien avec le chapitre suivant, la fin d’EC.

A bien juger, l’anticommunisme n’était sans doute qu’une réaction épidermique parmi d’autres dans l’Amérique d’Après-guerre. La répression des relations hors mariage ou homosexuelles, ou celle plus tardive du Rock’n’Roll, étaient d’autres symptômes de cette frénésie normalisatrice. Il est d’ailleurs intéressant de noter que toutes ces plaies combattues par les autorités de cette période étaient parfois amalgamées. Il en alla ainsi de l’homosexualité assimilée au communisme par le patron du FBI en personne J.Edgar Hoover – lui même homosexuel en secret- sous le terme « Pinko fag »autrement dit « Pédé gaucho »

Une ambiance pareille ouvrait naturellement une brèche dans laquelle s’engouffrèrent nombres de têtes pensantes – ou prétendues telles-Némésis avides de morale et sans doute aussi de publicité. Dans le cas d’EC, la main vengeresse qui s’abattit sur la firme eut pour nom Fredric Wertham. Docteur Fredric Wertham, psychiatre. Ce dernier, horrifié par les couvertures sanglantes des magazines d’EC écrivit un traité intitulé « The seduction of the innocent » pointant du doigt la mauvaise influence de cette littérature sur leur public, à savoir les jeunes. Mais en quoi ces lectures exerçaient-elles selon sa sommité une emprise néfaste sur les petits? Parce que leur violence fantaisiste leur donneraient une fausse idée de celle-ci. (Argument repris soit dit en passant par le cinéaste autrichien Michael Haneke dans sa purge, pardon, son film dénonçant la violence au cinéma « Funny games ») Que l’on soit ou non d’accord avec cette thèse, (Ce n’est évidemment pas l’avis de votre serviteur, mais ce n’est pas le sujet) elle fut prise au sérieux par la classe politique au point que cette dernière constitua une commission sénatoriale menée par…Estes Kefauver! Oui celui-là même qui condamna Irving Klaw, déjà évoqué dans ces colonnes. Ladite commission chargée d’enquêter sur la question amena le retrait des titres jugés les plus violents de la firme. Ce qui précipita son déclin.

Cet événement sera raconté n détail beaucoup plus tard par l’auteur américain Tiger Moody dans son ouvrage « Induction of the sycophant » Pour conclure avec le problème de la censure, il est assez ironique que ces illustrés aient été attaqués de l’autre côté de l’Atlantique par la droite la plus dure, alors que par chez nous « Fantax » justicier dessiné qui dut disparaître sur la décision de la commission des publications pour la jeunesse dirigée par une majorité de….communistes!

Cela prouve que la censure la plus aveugle, pour rester poli, ignore par essence les distinctions politiques.

Et l’influence? La disparition de la firme laissa un héritage considérable, de par ses artistes tous plus doués les uns que les autres, dont certains devinrent des références comme Jack Davis, Frank Frazetta ou Wallace Wood. Dans son public se trouvèrent de futurs grands créateurs, des dessinateurs bien entndu comme Bernie Wrighston, le romancier Stephen King, le réalisateur George Romero (Lesquels s’associèrent pour enfanter « Creepshow » film accompagné d’une bande dessinée, hommage revendiqué aux EC comics) mais aussi des musiciens.

Frank Zappa s’inspira parfois du lettrage du logo ou de la maquette de « Tales from the crypt » pour ces pochettes.

Les Cramps firent de même pour composer leur logo, ce qui était logique pour ce groupe baigné par les cultures marginales des années 50.

Le Psychobilly anglais des années 80 leur emboîta le pas. Et ce bien que le clin d’oeil aux bandes dessinées n’est sans doute pas conscient. En tout cas, l’esthétique est là.

Il y aurait beaucoup à dire, notamment à propos des adaptation directes réalisées en Angleterre par la société Amicus (« Histoires d’outre-tombe’/ »Tales from the crypt ») ou « Les contes de la crypte/ Tales from the crypt » » produites par la télévision américaine au tournant des années 80/90. De la filiation avec e magazine humoristique « Mad » qui accueillit de nombreux transfuges d’EC. Mais ce sera pour une prochaine fois!

A bientôt!


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