De Vienne à Schwarzie ou de l’Autriche à l’Autriche.
Le siège de Vienne en 1529 qui opposa les ottomans expansionnistes au Saint Empire inspira forcément les artistes. Outre la peinture (Voir ci-dessous) la littérature tira elle aussi matière à récit, plus ou moins romancé. Et souvent plus que moins. Et sous diverses latitudes. Ainsi, au XXè siècle, Robert E. Howard, créateur de nombreux héros dont le célèbre Conan le barbare, écrivit-il une nouvelle prenant pour cadre l’événement susmentionné avec pour figure centrale une certaine Sonya la rouge. Imaginaire, il va sans dire.

Le personnage aurait pu sombrer dans l’oubli -surtout si on considère l’abondante création de l’auteur de Conan- si Howard n’avait connu un regain d’intérêt dans les années 1960, lors de la réédition des aventures du barbare sous l’impulsion de son ami et collègue écrivain L.Sprague de Camp, avec les couvertures illustrées par Frank Frazetta, qui ne contribuèrent pas peu au succès des livres en question, bien supérieur à celui qu’elles obtinrent du vivant de Howard. Encouragés par cet engouement, les éditeurs se mirent à fouiller dans les moindres recoins de l’oeuvre de Howard, allant de ses créations majeurs (Kull, Solomon Kane) à celles plus obscures. Telle Sonya la rouge.
Dans les années 1970, le monde des comics suivit cette même pente, lorsqu’elle s’intéressa à cet univers, partant du plus connu (Conan, forcément) à l’oubliée Sonya la rouge. Celle-ci eut d’ailleurs un destin très diffèrent de celui de son alter-ego masculin. En effet, sous l’égide du scénariste Roy Thomas (Déjà à l’origine de l’adaptation de Conan) Sonya la rouge passa du XVIè siècle au monde hyperboréen fantasmé de Conan et fut rebaptisée « Red Sonja ». Et en avant les dragons, les sorciers maléfiques et les guerriers plus ou moins exotiques, en bref, toute la bimbeloterie de l’épopée fantastique. Il est intéressant de noter que la redécouverte de ce personnage ait eu lieu lors de la décennie du féminisme triomphant. Car, oui, elle en a dans son slip en zinc la Sonja, s’agit pas de lui péter le clitoris! Elle a tôt fait de transformer une compagnie de Rambo en émules de Yann Barthès. Une femme forte, ça, oui. Une preuve, elle tire toujours la tronche. En cela, elle s’écarte nettement du personnage conçu par Howard qui, si elle était une combattante valeureuse n’en n’était pas moins solidaire envers ses frères d’armes.

La dernière métamorphose de Sonya la rouge eut lieu au cinéma en 1985 dans le film « Red Sonja » avec la future madame Stallone, Brigitte Nielsen dans le rôle-titre et Arnold Schwarzeneger en vedette américaine (Un peu autrichienne aussi, mais j’y reviendrais) Le film s’intitulait chez nous « Kalidor, la légende du talisman ». Comment ça, elle est pas dans le titre français? Eh bien mes amis, laissez moi vous expliquer ce mystère. Pour cela, un peu d’histoire s’impose. La présence de Schwarzie dans l’entreprise est bien entendu liée à « Conan le barbare » et à sa piteuse suite « Conan le destructeur », tous les deux produits par Dino de Laurentiis. Au moment ou le mogul italien met en chantier cette nouvelle version d’une création de Robert E. Howard, le genre de l’épopée fantastique est en perte de vitesse après, il est vrai, une brève période faste. L’ennui est que de Laurentiis n’est pas au mieux non plus, ce qui rend son initiative pour le moins surprenante. Quoiqu’il en soit, de Laurentiis met le projet sur les rails et embauche pour ce faire Richard Fleischer qui avait précédemment commis « Conan le destructeur » (On ne change pas une équipe qui perd!) et pour le rôle principal une actrice de peu d’expérience mais aux charmes indéniables: Brigitte Nielsen (Bon, je sais je me répète, mis c’est pour voir si vous suivez!) Très vite, sentant le désastre arriver, le producteur appelle Schwarzenegger à la rescousse . Pour justifier sa présence, oui donne le rôle d’un prêtre guerrier du nom de Kalidor (Pas Raymond Kalidor, d’ailleurs, ce jeu de mots pourri a été fait, petits malins!) Pourquoi ce patronyme qui fleure bon le Tour de France? Pour ne pas dire Conan et ainsi éviter de cracher à nouveau au bassinet des ayants droit de Robert E. Howard. Las, personne ne fut dupe et moins de monde encore se déplaça pour voir cette chose.

Et voilà. Fin de l’histoire. Ou plutôt une histoire qui commença en Autriche pour s’achever à Hollywood avec la complicité d’un culturiste autrichien.
A bientôt!
