Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Eugène Sue et ses mystères: histoire d’un titre devenu formule, de Emile Zola à Frédéric Dard.

Certains titres de roman de par leur simplicité se gravent dans l’inconscient collectif au point qu’ils serviront de modèle par-delà le temps, tel un patron de couturière pour une pièce de vêtements. Il en fut ainsi pour « Les mystères de Paris » de Eugène Sue. En voici l’histoire.

Mais avant tout, il convient de présenter le livre en question, et surtout ses personnages aux noms de baroques qui servent de carte d’identité. Fleur de Marie, le prince Rodolphe, la Chouette, le Maître d’école et le Chourineur. Prostituée, aristocrate incognito, mère maquerelle, instituteur déchu, ou truand as de la lame. Des figures familières aux lecteurs de journaux du temps de la Monarchie de Juillet. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s’agit de quelques uns des protagonistes du tentaculaire roman de Eugène Sue « Les mystères de Paris », lequel narre la quête d’un prince (Allemand, autrichien? Je ne sais plus!) dans les bas-fonds de la capitale dont l’objet n’est nulle autre que sa propre soeur, enlevée dans d’abracadabrantes circonstances.

Secrets de famille, héros pur, jeune fille victime, faune interlope bigarrée, rebondissements multiples et caractères marqués. En bref, tout les ingrédients du roman-feuilleton dont Eugène Sue était l’un des héraut les plus célèbres et les plus couronnés de succès. Mais outre la dimension ludique du livre, il y a aussi une thématique sociale. La pauvreté est en effet un des thèmes centraux du roman, reflétant les préoccupations de l’auteur qui se voulait socialiste (Voir à ce sujet l’ouvrage de Jean Louis Bory « Eugène Sue: dandy et socialiste ») et préfigurait en ce sens Zola, le réalisme en moins. D’ailleurs Zola dut être sinon un amateur du moins un lecteur de Sue, s’étant essayé au roman feuilleton avec « Les mystères de Marseille »

Cette oeuvre, qui ne compte pas parmi les plus marquantes de Zola, présente toutefois un réel intérêt. D’abord parce qu’il appartient aux précurseurs du roman policier (Avec Emile Gaboriau et « Le petit vieux des Batignolles ») et ensuite en raison du mot « Mystère » accolé à celui d’une grande ville. D’autres feront de même, tel Jean de la Hire avec « Les mystères de Lyon », profondément orienté vers le fantastique.

Ci-dessous, quelques parutions publiant le roman de Sue, ainsi que son portrait.

Plus tard au XXème siècle, d’autres encore tireront leur inspiration chez Eugène Sue. Léo Malet qui titrera l’un des cycles de son héros Nestor Burma « Les nouveaux mystères de Paris ». De plus, en situant chacun des romans de ce cycle dans un arrondissement de la capitale, il se réfère à nouveau à Sue qui décrivait de manière très précise l’environnement urbain de ce que d’aucuns nomment la « Ville lumière » (Avec Hidalgo, est-ce toujours vrai? »)

Frédéric Dard enfin paiera son tribut à l’oeuvre de Eugène Sue avec « Les derniers mystères de Paris » en 1958 (Les derniers, vraiment?) Sombre récit de crime et de famille orchestrée par la diabolique Agnès qui tente par personne interposée d’assassiner son ancien mari. Et ce afin d’étouffer un éventuel scandale qui compromettrait son actuel mariage avec un notable. Machiavélisme et inavouable à tout les étages et….un choix de titre qui ne porta guère chance à Dard, puisque l’ouvrage ne connut de réel succès que bien après sa première publication en tant que « Mausolée pour une garce »

En guise de conclusion, d’un titre qui recouvrait une saga sociale mouvementée, beaucoup trouvèrent à alimenter non seulement leur imaginaire mais aussi la manière de se vendre en empruntant une idée simple et, il faut le dire, efficace. Avec plus ou moins de bonheur toutefois, comme le prouve Dard qui dut renommer son livre pour lui donner une seconde vie.

Je vous laisse désormais avec quelques couvertures de Nestor Burma.

A bientôt!


Laisser un commentaire