Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Allons à la campagne….

La campagne, ses paysages bucoliques, propice aux balades, au romantisme et à la rêverie offre un cadre idéal au fantastique. Outre son décor, l’histoire paysanne regorge de contes et légendes propres à inspirer les auteurs, cinéastes et écrivains confondus. De Claude Seignolle à Pierre Pelot, en passant par Lucio Fulci, les champs et les bois avec leurs merveilles comme avec leurs maléfices ont toujours fasciné.

Dans le cadre du cinéma français, il y eut quelques exemples de fantastique paysan. Parmi eux, il y eut « Morgane et ses nymphes » de Bruno Gantillon (1971) et « Les ardentes » de Henri Sala (1973) Lesquels tirent parti de l’environnement ainsi que de la vague érotique qui déferlait lors des années 70. Avec plus ou moins de bonheur.

« Morgane et ses nymphes » narre ‘aventure de deux jeunes citadines en vacances en Auvergne prise au piège le lendemain d’une nuit pluvieuse dans la château de Morgane en personne. Cette dernière leur laisse le choix entre le vie et la jeunesse éternelle au château ou la vieillesse, l’humiliation et la torture dans les caves de celui-ci. Acceptant l’offre, elles découvrent un gynécée de beautés en chemises de nuit de toutes les couleurs de l’arc en ciel et, bien entendu, les amours saphiques (Mais dans leur cas, est-ce une découverte?)

Esthétique, poétique et broque, « Morgane… » met avec brio en valeur les paysages d’Auvergne ainsi que le château de Bort-les-orgues. Mais à côté de ces qualités, le film souffre des défauts propres aux films d’atmosphère: la lenteur et un scénario un peu lâche. Il lui manque la force de « La rose écorchée » de Claude Mulot qui lui est contemporain, ou le délire qui s’empare des meilleurs Rollin, voire de Jess Franco. Toutefois, il a pour lui sa facture soignée et témoigne d’une audace méritoire à elle seule de faire une tentative dans le fantastique, genre si méprisé dans notre pays.

Alfred Baillou dans le rôle de Gurth, le gardien du château. Cet acteur nain connut une triste destinée, terminant ses jours en 1983 dans une maison de retraite pour gens de spectacle.

« Je t’n donnerais de plus doucereux…. »

Contrairement à ce que l’affiche ci-dessous pourrait laisser supposer, il s’agit bien d’un film français mis je n’ai pu trouver que celle-ci destinée au Royaume uni. Cette mise au point faite, que dire des « Ardentes »? Loin de l’esthétisme ésotérique de « Morgane… », la bande d’Henri Sala se situe sur un tout autre terrain, celui du récit post-apocalyptique ou des survivants s’affrontent pour leur survie. Réalisé entre « Terre brûlée » de Cornel Wilde et « Mad Max » de George Miller, il partage avec ceux-ci des grosses cylindrées et des tribus à l’allure extravagante. L’enjeu ici n’est pas l’essence mais l’eau (Idée qui sera reprise dans le sous Mad Max philippin « Stryker » de Cirio H. Santiago) mais aussi une guerre des sexes opposant des amazones aussi lesbiennes que farouches ( Et disons le sanguinaires) à des motards machos guère plus amènes.

Mal filmé, mal joué et mal écrit, « Les ardentes » n’a cependant pas de complexes. Ce qui lui permet de se passer d’explications, notamment quant à la nature de la catastrophe qui a ramené l’humanité au stade primitif. Comment dans ces conditions peut-on encore circuler à moto (Flat twin) qui plus est dans un paysage intact (A ce propos, ça donne vraiment envie de visiter la région Midi-Pyrénées ou les prises de vues ont eu lieu!) Il en va de même pour la haine entre hommes et femmes qui ne semble au demeurant pas empêcher les très nombreuses scènes érotiques qui émaillent l’histoire et, accessoirement, bouchent sans jeu de mots les trous du scénario.

Bon, vous l’aurez compris, « Les ardentes » est un nanar, défauts et qualités compris. Pour les qualités, il y a les moments de délire que tout nanar qui se respecte se doit d’offrir. Avec en prime la charmante Anne Libert, coutumière des productions de cette époque.

Voilà, je vous laisse avec ces deux extravagances sympathiques, témoins d’un temps ou le cinéma battait la campagne, au sens le meilleur!


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