Littérature et histoire: la comtesse Bathory, Gilles de Rais, contes, légendes et vérités. Preuve par l’image et par l’écrit.
Les monstres fascinent. Inutile de nier. Fictifs, folkloriques, mythiques, légendaires ou bien réels. Ils fascinent. Aujourd’hui, il sera question d’authentiques monstres qui endeuillèrent l’histoire déjà violente du Moyen-âge, gagnant une renommée qui persista bien au-delà de leurs disparition respectives. Erzebeth Bathory, comtesse hongroise qui faisait enlever des jeunes filles afin de se baigner dans leur sang, Gilles de Rais, ancien compagnon de Jeanne D’arc qui ternit sa gloire guerrière en sacrifiant des enfants au cours de rituels sataniques.
Afin de vous épargner un inventaire fastidieux, je me concentrerais sur les oeuvres les plus marquantes inspirée par ces deux sinistres figures. Pour ce faire, j’introduirais cet article par le livre de Valentine Penrose « La comtesse sanglante » (1962) Valentine Penrose (1898-1978), née Boué et épouse du poète Roland Penrose, et d’ailleurs poète elle-même. « La comtesse sanglante » est un essai particulièrement intéressant dans sa démarche puisqu’il met en parallèle les deux personnages susmentionnés, soulignant ce qui les rapproche ainsi que ce qui les sépare. A travers ces portraits croisés, l’auteur dépeint deux époques. Les crimes sont toujours les reflets de leurs temps. Bathory perpétua ses méfaits à la Renaissance, méfaits si choquants qu’elle en fut punie d’une manière pour le moins proportionnée. On la laissa mourir de faim dans un cachot. Cela peut sembler aller de soi, mais il ne faut pas oublier qu’alors les victimes de la comtesse, filles du peuple ne comptaient guère. Fallait-il que les morts soient atroces et nombreuses pour que les autorité de l’époque prissent leur sort en considération. Le cas de Gilles de Rais est sensiblement différent, l’homme ayant joui au départ d’une grande admiration en raison de sa valeur de guerrier (A ce propos, la famille Bathory avait donné elle aussi des hommes de guerre vaillants mais n’avait pas les faveurs de la population, tant ils étaient cruels et dégénérés.) Sa chute n’en fut que plus brutale, car ses actes cumulaient l’atrocité et la blasphème induit par les cérémonies occultes auxquelles se livrait le chevalier. Toutefois, parce qu’il avait un passé glorieux et parce qu’il s’était repenti, l’opinion lui pardonna.







Outre cette étude, la comtesse avait déjà fait l’objet des attentions de la littérature avec « La comtesse rouge » du célèbre Sacher-Masoch qui n’en finissait pas de se consacrer aux femmes cruelles dans son style assommant. Heureusement, la bande dessinée sut faire quelque chose de son pensum via le tandem J.M Lo Duca/ Georges Pichard en 1980.
Le cinéma s’en empara également avec les « Contes immoraux » de Walerian Borowcyck (1973), excellent film à sketchs, dont l’un des segments relate cette terrible histoire à la façon très esthétique du cinéaste.



Pour être franc, j’ignore si Gilles de Rais a intéressé le cinéma, mais la littérature lui porta un intérêt particulier et pas par le moindre de nos auteurs: Joris Karl Huysmans avec « Là -bas » (1891) qui décrit les peurs liées aux fins de siècle, ce qui était de circonstance en regard de la date du roman. En l’espèce, la crainte qui accompagne sinon toujours du moins souvent la clôture d’une époque est ici incarnée par l’essor de sectes à caractère satanique et lus largement d’un retour à l’irrationnel. Ce dernier est un contrecoup logique au positivisme et au culte de la raison et de l’industrie qui a caractérisé le XIXè siècle. Et cette résurrection ramène dans son sillage certaines figures obscures du passé, particulièrement Gilles de Rais qui par son parcours tend un miroir aux contradictions de l’époque de Huysmans. Homme de guerre et de raison converti à un mysticisme dévoyé. Les personnages de Huysmans, des érudits qui regardent ces ténèbres avec un mélange de terreur et de fascination.

La figure de Gilles de Rais habite également les romans de science fiction érotique de Philip Jose Farmer « Comme une bête/ The image of the beast » (1967) et « Gare à la bête/Blown » (1968) Il est question dans ces derniers de sectes de vampires extra-terrestres et de mannequins gonflables. Entre autres choses. Et Gilles de Rais dans tout ça? Il semble être l’objet d’un culte et connait une résurrection pour le moins étonnante. En fait, il ne s’agit que de sa tête qui se retrouve au bout d’une espèce de ver de chair interminable. Je vais être franc: je n’ai rien compris à ce diptyque, si toutefois il y a quelque chose à comprendre à ce fatras qui fleure bon la provocation outrancière et, il faut le dire, la bêtise.

Pour finir, le livre le plus surprenant de cette sélection: « Gilles de Rais ou la gueule du loup » de Gilbert Prouteau (1992) Ce dernier se présnete comme une enquête visant à réhabiliter le personnage qui, selon l’auteur, aurait été victime d’une machination. S’il est permis de douter de cette thèse, force est de reconnaître l’érudition de Prouteau (Sur lequel je me pencherais un de ces jours) et l’habileté de sa démonstration. A lire, ne serait-ce que par curiosité!

A bientôt!
