Littérature.
Aujourd’hui: « Le goût du sang » de André Héléna et « Nous avons les mains rouges » de Jean Meckert. La résistance et les carnages mal digérés de la guerre.
Héléna, Meckert. Deux auteurs d’Après-guerre, deux auteurs qui ont chacun touché au Noir, deux auteurs qui ont chacun abordé des thèmes semblables. Mais de manières bien différentes. Preuve en sont les deux ouvrages abordés ici.
« Le goût du sang » suit le cheminement de Jacques Vallon, fils de magistrat que les hasards de la guerre et de la résistance amène à se faire tueur à gages. Pour ce garçon complexé, la possession d’une arme à feu et la liberté de s’en servir procurent une sentiment de toute puissance que la fin du conflit ne parviendra pas à éteindre. Il va sans dire, et sans divulgâcher nullement, que tout cela finira mal.
» Nous avons les mains rouges » de Jean Meckert raconte quant à lui le destin d’un certain Laurent qui sera sinon le héros, du moins le pivot de l’histoire. Le livre s’ouvre sur la sortie de prison de ce dernier pour homicide involontaire. Personne n’attend Laurent en principe mais, le hasard et accessoirement le romanesque mettent sur son chemin un vieillard, monsieur D’Essartaud, lequel l’invite à séjourner chez lui en échange de journées de travail dans scierie. Le vieil homme vit entouré d’un colosse et de ses deux filles et entretient par ailleurs des relations assez étroites avec un pasteur des environs.
Si Laurent apprécie évidemment cette hospitalité en dépit ou à cause de l’étrangeté de ces gens, dont le chef monsieur D’Essartaud n’est pas le plus singulier, il comprend vite que ce petit monde a appartenu à la résistance et qu’il considère devoir poursuivre sa tâche . Aussi se livre-t-il à de ponctuelles expéditions punitives. Et sanglantes.


Dans le roman d’Héléna, le récit se centre sur son héros, les autres personnages ne servant que de satellites, lequel compense ses insuffisances par le meurtre y compris quand celui-ci n’est plus autorisé. Il diffère en cela radicalement des personnages du récit de Meckert sont quant à eux des idéalistes altruistes, jamais rassasiés, s’estimant trahis par la Libération, cette dernière ayant pour eux commis le crime de ne pas punir les profiteurs de guerre. En particulier les paysans. A ce propos, rarement une classe sociale n’aura à ce point été attaquée en littérature, subissant les assauts d’adjectifs particulièrement infamants. La trame du « Goût du sang » du fait de son héros unique reste simple, celle de « Nous avons les mains rouges », quoique linéaire, se révèle plus complexe. Au travers du regard de Laurent, l’auteur montre évoluer divers êtres (Une jeune fille sourde, un pasteur, etc) ayant chacun des motivations qui leur appartiennent et les assument suivant leur caractère.
Là ou cependant les auteurs se rejoignent, c’est dans un même constat: les effets de la guerre qui se prolongent bien après que les fusils se soient tus. Outre les traumas inhérents à cette tragédie, il y a la sensation d’inachevé. Voire de vide. C’est cette frustration qui pousse à une fuite en avant les héros de Héléna comme ceux de Meckert et ce en dépit de leurs profondes divergences. Complexes physiques et frustration sexuelle de Jacques Vallon dans « Le goût du sang » Idéalisme, soif d’absolu et de justice pour la famille meurtrière de « Nous avons les mains rouges »
Mais qu’importe. Les uns comme les autres ont un autre point commun, et c’est sans doute le plus important. Ils sont des victimes. De la violence qui les entoure (Et qu’ils ne se privent pas de reproduire) mais également de leurs passions au sens classique du terme: une source de souffrance. Le dégoût de soi, ou le désir d’un monde juste. En cas pareil, la guerre et ses conséquences ne servent que de détonateurs à la frénésie de ces nouveaux martyrs, sacrifiés pour ceux paysans ou collabos opportunistes qui prudemment ont tiré parti du désordre ambiant.



A bientôt!
