Léon Zitrone, Yves Mourousi…Deux noms, deux figures des médias tels qu’on les concevait autrefois. Zitrone incarnait ce qui n’est même plus dans le regard actuel la télé de papa, mais celle de grand papa. Le journal télévisé à la botte du pouvoir, le divertissement jugé trop peuple de « Intervilles » ou le bon Léon faisait office de faire-valoir à Guy Lux (« Et bonsoir Simone! »), et un ton pontifiant. Tout ces reproches étaient certes justifiés mais ils cachent les qualités de la lucarne d’alors: un usage impeccable de la langue française et une volonté d’offrir de la culture et de la distraction sans que ces dernières s’opposent.
Mourousi, c’est une autre affaire. Ses « Bonjour » éructés d’une voix rocailleuse, sa manie du déguisement et sa mégalomanie le distinguaient clairement de son « ancêtre », avec qui il partageait assez ironiquement les mêmes origines russes. Mais surtout, Mourousi fit entrer le journalisme télévisuel dans la modernité en transformant le JT, jusque là prêche cathodique en spectacle (Ah, Mourousi suspendu à un hélicoptère en costume cravate au-dessus d’un porte-avion!) Personnage presque romanesque quant il fut la cible d’un attentat d’un obscur groupe terroriste le « Front arabe uni » Mais il est vrai qu’on était à la fin des années 70, quand les explosions et attaques diverses essaimaient au point de s’apparenter à une épidémie. Mourousi, mégalomane et moderne jusqu’à la mort. La sienne. Symbolique, quand ses élans déplurent à la direction de TF1 qui le remercia peu après la privatisation de la chaîne, pourtant si ardemment souhaitée par le journaliste.
Zitrone, lui, sut durer en tant qu’homme à tout faire. Remplaçant de Jacques Martin, pédagogue de la nouvelle numérotation, présent aux côtés de la jeune garde ou défenseur du Mont Saint Michel, Léon servait à tout et il servait bien.
Soit. C’est bien beau tout ça mais pour en venir ou? Pourquoi rapprocher tel homme,symbole d’un monde qui n’est plus et tel autre à l’origine d’une mutation qui a ironiquement eu sa peau? Parce que le cinéma les a rapproché, dans le film de Jean Yanne « Deux heures moins le quart avant Jésus Christ », ou ils apparaissaient chacun, jouant leur propre rôle dans cette lourde parodie de péplum.
Mais là encore, quelque chose les séparent. Si Mourousi ne se montra guère au cinéma (Du moins à ma connaissance), Zitrone flirta plusieurs fois avec le grand écran. Outre les pitreries de Jean Yanne, il y eut celle des Charlots dans « Bons baisers de Hong Kong » Voilà, tout cela et bel et beau, mais n’égale pas ce chef d’oeuvre du militantisme sur pellicule: « 20 000 lieuse sur la Terre. » de Marcello Pagliero , cinéaste communiste convaincu, par ailleurs responsable d’un film que je n’ai pas vu mais dont je suspecte qu’il s’agit d’une purge: « La nuit nous appartient » Coproduite par le PCF, cette l’aventure emmena Léon, flanqué de Jean Rochefort en URSS pour un tournage aussi harassant qu’interminable. En effet, l’opération s’étala sur onze mois, soit bien plus que ce qui était prévu. Tout cela en raison des innombrables tracasseries administratives propres aux pays communistes, surtout dans le premier d’entre eux. Les deux français avaient, coproduction oblige, une vedette locale Tatiana Samoilova, seule actrice soviétique réellement populaire (A tout le moins connue) hors du Rideau de fer grâce à son rôle dans « Qaund passent les cigognes » Il est opportun de préciser que cette entreprise avait pour but de montrer l’URSS sous son meilleur jour. Pour avoir vu le résultat, je n’en retiens pas gend chose sinon la réplique de Jean Rochefort: « ça manque de poupées dans ce palace! » A propos de poupées, il y a justement dans l’histoire une sous-intrigue sentimentale qui se greffe à la principale, à savoir un journaliste (Léon Zitrone, cela va de soi!) à la recherche d’un vieil ami, quête qui le mène à travers la Russie. Ce fut d’ailleurs pour cela que la chose s’intitulait en russe « Léon Garros cherche son ami » (Non, pas Roland Garros!)
Et après? La grosse carte postale sortit enfin en France en 1961, après deux ans de fabrication, ou elle ne connut aucun succès. Bien fait. Zitrone regretta de s’y être commis, ce qui lui apprendrait à céder à l’appât du gain (C’était le cachet très élevé qui le persuada de prêter son concours à cette chose) Jean Rochefort en garda l’un des pires souvenirs de sa carrière, quant aux distributeurs, ils tâchèrent de rattraper le coup en retitrant l’objet: « Durand chez Popov » En vain. C’est étonnant.





