Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Les monstres français. Ou les créatures dans le fantastique hexagonal.

Air connu, la France n’aime pas le cinéma fantastique. Air connu. Mais qui n’est que trop juste. Depuis la mainmise des frères Lumière à l’aube du cinéma au détriment de Méliès, l’illusion réaliste prime dans notre cinéma, situation très différente de celle de la littérature de notre pays, riche de nombreux ouvrages du genre. Cependant,il y eut des tentatives dans ce domaine. Plus ou moins heureuses, mais j’y reviendrais. Le sujet du jour étant l’un des thèmes essentiels du fantastique: les monstres. Visibles ou non, à la forme plus ou moins humaine, d’origine surnaturelle ou produits d’une science déréglée, les monstres – littéralement, ceux qu’on montre- constituent un bestiaire incontournable qui apparaît régulièrement, à toutes les époques, dans tous les pays. Y compris en France.

Mais pour quels résultats? En voici quelques uns, récoltés à travers les années. Et pour commencer par le commencement « Balaoo » de Victorin-Huppolite Jasset (1913) et son singe homme (Et non son homme singe) Orang-outan épris de la belle Hélène crée par Gaston Leroux. Le film fit l’objet d’un remake américain en 1927 « The wizard » de Richard Rosson.

 » Balaoo »

Le Golem, géant d’argile crée par un rabbin fut d’abord une légende immémoriale des juifs de l’Est européen avant de devenir le sujet d’un livre de Gustav Meyrink avant de connaître de nombreuses vies cinématographiques. Parmi ces dernières, il y eut la version réalisée en 1936 par Julien Duvivier avec Ferdinand Hart dans le rôle de la créature. En raison de la période (Les années 30) et du pays de coproduction (La Tchequoslovaquie) et enfin du thème (La créature incarne la réponse des juifs à leurs oppresseurs) et de ses racines, ce « Golem’ résonne curieusement et tragiquement avec les drames bien réels qui se tramaient en son temps.

Frankenstein eut droit lui aussi à quelques versions hexagonales, dont le court métrage « Torticola contre Frankensberg » de Paul Paviot (1952) Oeuvre très parodique se référant sans se prendre au sérieux (forcément!) à la psychanalyse autant qu’à Mary Shelley, elle offre un de ses premiers rôles à Michel Piccoli qui endosse ici la peau de la création du savant.

Déja évoquée dans ces pages, la défigurée poignante jouée par Edith Scob dans « Les yeux sans visage » de Georges Franju (1960)

Là, pardonnez moi, mais je triche un peu car il ne s’agit pas d’un film français mais d’un film italien -interprétée par une actrice française Annie Girardot, donc tout va bien. « Le mari de la femme à barbe/ La donna scimia » de Marco Ferreri (1964) ou l’histoire d’une femme à l’exubérante pilosité qui devient une curiosité trimbalée sur les scènes du monde par son mari jusqu’à un dénouement tragique. A noter que les producteurs imposèrent au cinéaste une fin alternative moins pessimiste.

« Le Golem » de Jean Kerchbron (1967) Eh oui, le revoilà! Encore le Golem, mais très différent de celui de Duvivier qui s’emparait très librement du thème. Celui-ci, téléfilm, qui fut l’un des derniers du genre à être tourné en noir et blanc, adapte fidèlement le roman homonyme de Meyrink, en présentant l’être d’argile non comme le défenseur des opprimés mais la mauvaise conscience de l’humanité qui accomplit sa mission punitive tout les trente trois ans. Le récit qui tourne autour des malheurs d’Athanase Pernath le tailleur de diamants et permet ainsi de décrire la vie du ghetto et plus largement d’une ville et d’un pays coincé entre plusieurs peuples, plusieurs langues, plusieurs cultures et comme figé dans le temps. Cette impression est particulièrement bien rendue ici, renforçant l’espèce de damnation qui semble frapper les personnages. A ce propos, longtemps pour les allemands, Prague ou se situe l’action était « La ville qui n’a pas bougé. » Rarement cela aura été aussi bien reflété, ce qui est remarquable pour un film réalisé dans la banlieue de Paris.

Enfin, il convient de nommer l’artiste à l’origine de l’aspect de la créature, Jean Gourmelin, par ailleurs illustrateur régulier des anthologies Planète dirigée par Louis Pauwels, qui participa également au « Golem » en tant qu’adaptateur.

A suivre!


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