Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Mercenaires, Liban, Comores, Birmanie, Punk Rock et chrétiens d’Asie.

A Thierry « Titi » Tcheng. In memoriam.

Les mercenaires sont, ou du moins ont été, la source de nombreux fantasmes, de réprobations parfois voire de mépris, de fascination souvent. Ceux que d’aucuns surnomment « Les affreux » trônent par ailleurs en bonne place dans l’imaginaire collectif grâce à la littérature et peut-être plus encore au cinéma. Aujourd’hui toutefois, il ne sera pas question d’analyser l’image des soldats de fortune renvoyée par le grand écran mais de s’intéresser à certaines figures de ce monde très particulier, trouble et mal compris. Il est vrai que les motivations des uns et des autres, nombreuses autant que contradictoires, n’aident pas à en avoir une claire perception. Entre ambitions personnelles, appât du gain, idéalisme et raisons plus obscures, le mercenariat forme ce qu’il faut bien appeler une nébuleuse. Aussi ne s’agira-t-il pas d’en dresser un tableau exhaustif (Ce qui serait de toutes façons impossible) mais d’en soulever un voile au travers de deux figures emblématiques, Bob Denard, déjà évoqué dans ce blog, et l’un de ses lieutenants les plus connus: Thierry Cheng.

Outre les liens entre ces deux hommes, la raison de les placer au centre de cet article est que chacun d’eux révèle des aspects de cet univers sinon importants en tous cas intéressants. Si on suit les itinéraires respectifs de Denard et de son lieutenant, qui tantôt se croisent, tantôt se séparent, il apparaît qu’ils disent des choses de l’évolution de la géopolitique internationale. Peu importe la distance entre les lieux ou ont opéré Denard et Tchang. Dans ce monde mondialisé, tout est lié depuis longtemps.

Au milieu des années 70 et ce jusqu’en 1995, Bob Denard se prit de passion pour l’archipel des Comores. Appuyant chaque renversement de gouvernement jusqu’à tenter d’en devenir le sultan (Sous le nom de Mustapha. A cet égard, Denard fut sans doute l’un des derniers émules de « L’homme qui voulut être roi » de Kipling, symbole des aventures que permettait le colonialisme. Cependant, et c’est l’un des paradoxe de cet état de fait, même du temps ou la France et l’Angleterre se partageaient le gros du gâteau colonial, il n’était pas forcément bien vu de se tailler un royaume sous les tropiques, ainsi que le prouva le cas de Joseph Marie de Mayréna (Que j’ai évoqué lors d’un précédent article.) d’une part. Et d’autre part, la décolonisation n’empêcha pas ce genre d’aventures. Comme celle de Bob Denard. Certains désignèrent cette attitude sous le mot fourre-tout de néo-colonialisme. Ce concept engloba en effet dans un même ensemble les initiatives individuelles et le contrôle exercé secrètement par les anciennes puissances coloniales sur leurs colonisés fraîchement libérés. L’exemple qui illustre le mieux à un niveau étatique ce cas de figure est la « Françafrique » dont les mercenaires furent parfois les bras armés.

A ce titre, 1995, année de l’éviction des Comores de Bob Denard, marqua symboliquement la fin de ces résurgences d’une époque révolue, en même temps que la mort de Jacques Foccart, le monsieur Afrique nommé par De Gaulle qui survint à peu près en même temps. Mais pas celle des envies de main basse sur d’anciennes colonies occidentales. La Chine et plus récemment la Russie ont posé plus qu’un pied en Afrique, profitant du rejet massif de nombre de pays de ce continent à notre égard, fut-ce par le biais de soldats réguliers.

Ci-dessus, images des phalanges chrétiennes du Liban.

Mais la soif de puissance, le goût de l’aventure ou de la violence ou l’argent ne sont pas les seules motivations dans l’affaire. L’idéalisme y a eu aussi sa part. Du moins est-il possible de le supposer dans le cas de Thierry Cheng qui, entre autres combats, partagea celui de la rébellion anticommuniste qui se forma en Birmanie en 1978. Il se rapprocha à cette occasion particulièrement des Karens, minorité chrétienne persécutée.

Ali Sohili, auteur du coup d’état de 1975, renversé par Bob Denard en 1978. Ici, lors de son arrestation.

Bob Denard à la sortie de la mosquée lors des funérailles d’Ahmed Abdallah.

Bob Denard en « Sultan blanc des Comores » peu avant sa déconfiture en 1995.

Johnny et Luther Htoo, jumeaux et chefs de guerre à douze ans, héros de la rébellion Karen.

Bien après le départ de Titi, comme l’appelaient affectueusement ses camarades, cette rébellion persista, se trouvant à la fin des années 90 les chefs les plus improbables qui soient: les jumeaux Htoo (Voir photo ci-dessus) alors âgés de douze ans. Suite à la défaite de ces derniers qui les contraignit à l’exil, de nouveaux combattants venus d’Occident et notamment de France reprirent le flambeau. Ces derniers cumulaient deux tares aux yeux de la gauche radicale. La première était d’être affilié à la vilaine extrême droite (Ou supposée telle!), La seconde était de défendre des chrétiens. Depuis longtemps en France le Christianisme, et plus largement ce qui fonde l’identité de notre pays ( Et de l’Occident, auquel nous appartenons.) , est combattu par une intelligentsia qui se cache derrière la tolérance, la diversité et les »Vous n’aurez pas ma haine » (Je passe sur les bougies et les nounours.) Il est donc logique que la défense des chrétiens, fut-ce outre-mer, soit un crime pour ces gens. C’est au nom de cette même haine que Tai Luc fut « cancel » en raison du concert qu’il donna en 2015 à Fréjus parce que celui-ci était organisé par la sempiternelle et toujours vilaine extrême-droite. Liée aux mercenaires précédemment cités.

Le concert de LSD par lequel le scandale est arrivé.

Mercenaires français en Birmanie.

Résistants Karens arborant le drapeau de Casa pound. Scandale, là aussi?

En guise de conclusion, le monde du mercenariat est protéiforme et en constante évolution. Vu de France, il est en un certain sens passé de l’intérêt purement personnel à une forme d’idéalisme qui lie ce qui rapproche certains peuples de nos propres traditions. Au grand déplaisir de certains qui ne comprennent pas d’ou vient la vraie menace…


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