De Frank Zappa, Tim Carey, des musiques de films et des prédicateurs.
Frank Zappa, idole des amateurs de psychédélisme et de progressif avait ce que d’aucuns de ces chevelus prétentieux auraient vu comme une tare. En bon enfant des fifties, l’italo-grec un peu français sur les bords tirait une partie de ses racines musicales dans le Rock originel. Il lui rendit d’ailleurs hommage le temps d’un 33 tours « Cruisin’ with Ruben and the jets » en 1968.
Mais avant cela, Zappa pratiqua le binaire alors qu’il était encore un parfait inconnu et, curieusement, dans le cadre de la musique de films. Deux films exactement eurent droit aux honneurs de ses partitions. Le plus notable, celui dont il va être question dans cette colonne, s’intitule « The world’s greatest sinner », réalisé en 1962 par Timothy Carey, autre italo-américain, second rôle apparu entre autre chez Stanley Kubrick (« L’ultime razzia » et « Les sentiers de la gloire ») John Flynn (« Echec à l’organisation ») ou John Cassavetes (« Meurtre d’un bookmaker chinois ») ainsi que de nombreuses séries télévisées dont un épisode de « Columbo » Carey ut également cinéaste à ses heures, livrant, outre « The world’s… », quelques films destinés à la télévision et à la vidéo. Concernant le petit écran, Carey ne sembla guère avoir de chance en tant que réalisateur, puisque ses deux efforts dans ce domaine qui auraient du donner lieu à des séries ne passèrent pas le stade du pilote. On peut citer « Fiore » (1978) ou un laveur de voitures s’improvise détective privé dans une affaire de nécrophilie, et « Tweet’s ladies of Pasadena » (1979) qui narre les aventures d’un club de femmes âgées consacré au tricot et au patin à roulette.

Soit. Mais quid du film lui-même? Celui-ci suit l’itinéraire d’un agent d’assurance qui, las de son métier, décide de tout laisser tomber pour mener une carrière de chanteur, ce qui le conduit à exercer la tâche de prédicateur puis enfin l’amène à se prendre….pour Dieu! Rien que ça.
Fauché, maladroit mais surtout très personnel « The world’s greatest sinner » reflète une personnalité d’auteur marquée par un goût pour les marginaux et les êtres qui refusent le destin qui leur a été assigné .Ce qui n’a rien d’étonnant en regard du parcours de Carey familier en tant qu’acteur de ce genre de personnages, notamment dans « Get to know your rabbit »,( ou il partage l’affiche avec Orson Welles) et lors de ses essais infructueux à la télévision derrière la caméra. Frank Zappa surnomma son histoire de prêcheur « Le pire film du monde » ce qui est excessif car en dépit de ses nombreux défauts, il s’en dégage un certain et des promesses. Hélas non tenues.
« The world’s… » ne connut évidemment guère de succès (Même s’il gagna un statut « culte » avec les années.) mais au moins permit-il à Frank Zappa de manger et de composer une oeuvre pas inintéressante pour l’occasion. La musique fut enregistrée au studio Z crée par l’artiste à ses débuts lequel fit l’objet d’une descente de police. Dieu sait pourquoi…L’entreprise aurait-elle porté malheur?….






Une photo restée célèbre d’un événement mémorable: les débuts de Zappa à la T.V. Au Steve Allen Show, ou le grand homme joua sa symphonie pour roues de vélo. Le présentateur ne prit pas la plaisanterie.

