Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Suite à l’article sur l’Afro, voici un aperçu des avatars européens et notamment français de la Blaxploitation.

Tourné aux USA par un réalisateur italien (En l’occurrence Duccio Tessari) « Les durs/ Uomini duri/ Three tough guys » (1974) aurait tout pour être un Blaxploitation lambda s’il n’était italien avec de Lino Ventura en vedette de surcroît. C’est d’ailleurs pour cela qu’il figure dans cet article. Ceci mis à part, il n’y a pas grand chose à en dire. Récit de deux hommes d’action s’associent pour régler une sombre affaire de meurtre, « Les durs » ne brillent ni par l’originalité, ni par le rythme. Restent la distribution surréaliste ou Lino partage l’écran avec Isaac Hayes, le Moise noir de la Soul, ainsi que quelques anecdotes de tournage. Isaac Hayes trouvait que Lino Ventura était « Adorable mais très secret » et surtout l’équipe américaine énervait Tessari par son incompétence, au point qu’il se demandait comment l’Amérique avait pu gagner la guerre. Ce fut alors qu’un assistant qui était allemand rétorqua: « Ne dites pas ça, moi je l’ai perdu! »

    « La salamandre/Le salamandre » (1969) et « Zelda » (1974) de Alberto Cavallone forment un diptyque sans pour autant être relié mais qui ont en commun d’aborder les mêmes thèmes: triangle amoureux (Ou plutôt sexuel) perversions, et surtout présence dans les deux cas d’une jeune femme noire au centre du récit. Le tout saupoudré de préoccupations politiques dont il est permis de se demander si elles ne servent pas d’alibi aux nudités et autres joyeusetés qui parsèment ces films. Cela n’aurait rien d’étonnant, Cavallone ayant fini par oeuvrer dans le porno avec notamment l’inénarrable « Violée par un nain »

    Après l’Italie, voyons par chez nous, la France. La France en effet n’échappa pas à cette vogue. L’autoproclamé « Maître incontesté de l’érotisme » José Benazeraf s’y intéressa avec son « Black love » également intitulé « L’homme qui voulait violer le monde » (!) Comme l’italien Cavallone, Bénazeraf balance une sauce mélangeant sexe et politique mais sans les excès parfois réjouissants du transalpin. Non, ici, on a droit à du lourd et du pompeux, du cul, oui, mais du cul qui PENSE! Benazeraf, le Don Patillo de la fesse, un label de qualité. Pour peu qu’on aime l’ennui mortel. Oui, mais qu’est-ce que ça raconte Alexandre? Ah, oui c’est vrai, ça raconte quelque chose. Un membre des Black panthers détourne l’argent de son parti et va se soulager dans les coins. Bien entendu, des tueurs, pardon des sicaires, le traquent. A part ça? A part ça rien! Sinon la présence d’Alphone Beni dans le rôle principal – lequel se fâcha d’ailleurs avec Benazeraf. Soit, mais qui est, enfin qui était Alphonse Beni (Il nous a quitté l’année dernière) Ni plus ni moins que le pionnier du cinéma camerounais et l’un des rares à ne pas avoir été financé par l’état, ce qui lui permit d’éviter le ton documentaire coutumier au cinéma de son pays. Après quelques courts métrages réalisés entre la fin des années 60 et le début des années 70, engagés malgré tout ( « Un enfant noir » entre autres) il passa ensuite à ce qui l’intéressait vraiment: les films de genre, calqués sur le modèle occidental. Et bénéficiant souvent de fonds français. En vertu de cette configuration, la carrière de Beni fut pendant longtemps un va et vient entre la France et le Cameroun. Cela lui valut d’apparaître dans quelques productions fauchées des mythiques firmes « Eurociné » (« Les hommes de joie » « Godefinger » avec Michel Leeb) et « Comptoir français du film ». Il mit en scène dans ce contexte « Les tringleuses » (1975)

    J’ai déjà évoqué son « Cameroun connection » (1985) qui se déroule en partie à Paris et nous offre LA rencontre au sommet Paco Rabanne/ Alphonse Beni, sans compter la présence de l’autre grande attraction de l’affiche Bruce Le, clone de Bruce Lee, comme il se doit. Car oui, Beni avait du aimer « Opération dragon » ou un asiatique s’alliait avec un noir ( En l’espèce Jim Kelly) et avait de toute évidence emprunté cette figure pour plaire au jeune public friand de divertissements dont la cinématographie locale est avare.

    Il y a également le cas du mauritanien Med Hondo, surtout connu pour être la voix française d’Eddie Murphy. Doubleur, donc, mais pas seulement. L’homme était aussi comédien à part entière ainsi que réalisateur de nombreux films aux thèmes marqués par ses engagements politiques. Racisme, colonialisme et immigration sont en effet au centre de son oeuvre, depuis « Soleil O » (1967) au dernier « Fatima, l’algérienne de Dakar » (2004) Cependant son travail le plus connu demeure « West Indies ou les nègres marrons de la liberté » (1979) évocation musicale de la colonisation des Antilles.

    Venons en maintenant au gros morceau: « Pauvre France » Cette pièce de théâtre à l’origine américaine intitulée « Norman…is that you? » écrite par Ron Clark et Sam Bobrick. Elle met en scène un homme d’âge mûr quitté par sa femme qui cherche le réconfort chez son fils dont il découvre l’homosexualité. Si  » Norman… » n’eut qu’une carrière discrète dans son pays d’origine, elle connut un grand succès dans sa version française interprétée par Jacques Fabbri et Bernard Giraudeau. Elle fut plus tard reprise avec Jean Lefebvre et Georges Beller. Soit mais quel rapport avec la Balxploitation? Il y en a un. En 1976, la pièce fut adaptée à l’écran avec une distribution presque exclusivement noire avec en tête d’affiche Redd Foxx, comédien bien connu des planches, des boites de nuit et de la télévision avec la très populaire série « Sanford and son ».

    Il y a peu à dire à propos de tout cela sinon qu’il est assez amusant de savoir que le même personnage a eu tant de visage aussi dissemblables. Entre Jacques Fabbri, Redd Foxx et Jean Lefebvre, sans compter Bernard Menez dans une reprise récente, il y a effectivement de quoi rire!

    A bientôt!


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