« Dune » le plus grand film qui n’a jamais été fait! Combien de fois ai-je entendu cette affirmation proférée sur un ton de prophète sous substance illicite depuis la sortie du nanar de David Lynch sorti chez nous en 1985? « Dune », oui, l’oeuvre géniale avortée de Alexandro Jodorowsky, inspirée par le roman homonyme de Frank Herbert paru dans les années 60 et référence pour les hippies tendance révolutionnaire qui voyaient dans cette grumeleuse bouillie un Guévarisme d’Outre-espace, comme d’autres voyaient des vilains policiers à cheval derrière les Orques de Tolkien pendant les manifs anti-guerre du Vietnam.
Mais lors qu’en était-il vraiment de ce projet qui promettait d’être la plus grande création depuis celle de l’eau tiède? Comme il faut bien commencer par le commencement il faut bien présenter le sympathique réalisateur, tireur de tarot mystique de feuille de chou, scénariste de bande dessinées et escroc Alexandro Jodorowsky, né au Chili de parents juifs russes avant de devenir cinéaste au Mexique. Il migra ensuite chez nous, la France étant une terre d’asile (psychiatrique) pour les timbrés dans son genre. Suite au succès rencontré par « La montagne sacrée » en 1973 ( Et produit en passant par John Lennon et Yoko Ono) Jodo (Tu permets que je t’appelle Jodo?) eut l’idée de tirer un film du roman d’Herbert après qu’une voix lui eut dit en rêve: » Fais de Dune un film, t’auras l’air d’un coureur! » Une telle injonction ne se discutant pas, Jodo qui se trouvait à New York cette nuit là, fit le pied de grue devant la librairie la plus proche afin d’acheter le précieux ouvrage.
« Nom d’un petit bonhomme! » Dut-il s’exclamer à la fin de sa vivifiante lecture, « Ah ça, ça va nous donner un p….n de bon film, un chef d’oeuvre, un monument qui va révolutionner non seulement le cinéma mais aussi la vie elle-même » Alors, ni une, ni deux, il s’empressa de payer les droits du bouquin, aidé par un jeune producteur au nom de primate Jean Paul Gibon. Il rameuta par la suite son compère le dessinateur Moebius qui conçut l’allure des personnages, avant de se mettre en quête d’autres collaborateurs tels le peintre suisse H.R Giger, l’illustrateur anglais Chistopher Foss, le scénariste américain Dan O’Bannon (Qui, à l’instar de Giger travaillera sur « Alien ») Et bien sûr, il alla faire le trottoir auprès du gratin du cinoche international, de Alain Delon à Orson Welles, de Charlotte Rampling à Hervé Villechaize, en passant par Udo Kier etle scarabée en personne David Carradine. Notre brave Jodo, convoqua même des personnalités pour partie étrangères au monde du grand écran, ou récemment révélés, en l’occurrence Salvador Dali, devenu encore plus célèbre depuis qu’il avait déclaré dans une publicité son amour du chocolat praliné de Lanvin, ainsi que Mick Jagger, remis de ses aventures en kimono et rouge à lèvres de « Perfomance » et de son seau sur la tête de « Ned Kelly »
Bien entendu, toutes ces rencontres ne se firent pas sans douleur, et, connaissant la mythomanie et le caractère de menteur pathologique du bonhomme, certaines de ces rencontres ne se firent pas du tout. Il semblerait toutefois certaines eurent bien lieu. Avec Orson Welles qui accepta le rôle de l’adipeux baron Harkonnene à condition d’être payé avec un an de repas gratuit dans le restaurant quatre étoiles de son choix (Le principe fut appliqué par Claude Berri pour rémunérer Marguerite Duras qui devait adapter pour le producteur son roman « L »amant ». Berri regretta ce choix en voyant la note, la batracienne de la littérature tampax comme l’appelait Jean Edern Halier ayant un appétit d’ogre et une soif de cosaque, mais c’est une autre histoire) David Carradine se montra intéressé par le personnage du duc Letto Atreides, quant à Salvador Dali, il consentit à incarner l’empereur à condition de recevoir 100 000 dollars par heures de tournage. Jodo, malin, tourna la difficulté en ne décidant de ne l’employer qu’une heure et demie et en demandant à l’illustre peintre de faire pipi et caca devant la caméra, jugeant cette obscénité « indispensable »
Quoiqu’il en soit, tout cela augurait d’un budget conséquent. Qu’il était impossible de réunir en France. Aussi Jodo et ses apôtres portèrent-ils leurs pas vers la Mecque du cinéma, la Babylone de la pellicule, eh oui Hollywood. Les producteurs refusèrent, Jodo s’en revint la tête haute et pas la queue entre les jambes, arguant de l’ignorance et de la vulgarité conformiste des américains.






C’eut put être la fin de l’histoire….mais non! Les dessins préparatoires de Moebius qui circulèrent dans les bureaux de grands studios hollywoodiens donnèrent des idées aux créateurs de « La guerre des étoiles » ou de « Flash Gordon » Quant à O’Bannon et Giger, ils finirent par travailler ainsi que je l’ai déjà dit sur « Alien » Ce qui fait de « Dune » l’un des film avortés qui aura eu le plus d’influence dans l’histoire du 7ème art.
Mais l’adaptation du roman restait à venir. Puis arriva enfin. En 1984, via le producteur Dino de Laurentiis et réalisé par David Lynch (Lequel, soit dit en passant se foutait du projet, mais ce n’est pas la question) Froidement accueillie par la critique, cette version filmée satisfit par contre l’auteur du livre, qui ne cacha pas son contentement lors des nombreux entretiens qu’il accorda pour l’occasion. Notamment dans le magazine français « L’écran fantastique » ou il revint sur le refus essuyé par Jodo de la part des producteurs hollywoodiens. Selon Herbert, ce vent s’expliquait par l’entêtement de Jodo à ne pas vouloir raccourcir son script qui, toujours selon Herbert, fournissait matière à « Un film de dix heures »
A la lecture de cette déclaration, Jodo sortit de ses gonds réclamant et obtenant un droit de réponse au journal qui avait publié l’entretien susmentionné. Il répondit sur le point particulier de la durée potentielle du film que l’affirmation relevait du délire.

Or, plusieurs années plus tard, dans le documentaire consacré à son échouage, Jodo admit finalement la vraie raison de son échec. La durée qu’il se refusait à réduire. C’était cela et non le caractère avant-gardiste du projet qui suscita la fin de non-recevoir des américains. La raison longtemps invoquée par Jodo tenait d’autant moins debout qu’à l’époque, Hollywood ne reculait pas devant les bizarreries, « Zardoz » (1973) de John Boorman en étant un des meilleurs exemples.
Jodo avait menti.
Mais qu’attendre d’autre de la part d’un homme qui emmène une liasse de réponses toutes faites lors de ses conférences?









