Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Gainsbourg, je t’aime moi non plus, le Reggae et les juges.

Mon récent article sur « Les papillons noirs » m’a donné envie de récidiver quant à l’histoire d’une chanson et, comme par hasard, il va encore être question d’un opus de Gainsbourg, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de « Je t’aime moi non plus » Sorti ironiquement en 1969 (Année érotique, tout le monde le sait!) le disque vendit autant de copies qu’il fit couler de l’encre, fit danser autant qu’il suscita de naissances, provoqua autant d’indignation que d’incompréhension. En effet, ce morceau de variétés avant-gardiste qui appartient désormais à notre patrimoine national fut mal compris par beaucoup. Car beaucoup n’y virent qu’un refrain sexy et provocateur, là ou – ainsi que le titre le disait lui-même et clairement- il s’agissait surtout d’amour non partagé au-delà du sexe.

Mais le malentendu qui entoure « Je t’aime moi non plus » n’est qu’une partie de son histoire. Serge Gainsbourg la composa puis l’enregistra avec Brigitte Bardot ( A laquelle la chanson était dédiée) en 1967 mais décidé au dernier moment de ne pas la publier, ne voulant pas nuire à sa maîtresse alors mariée avec le célèbre playboy Gunther Sachs. La chanson aurait pu sombrer dans l’oubli mais le sort en décida autrement, sans doute à cause de Jane Birkin rencontrée par Gainsbourg peu après sa rupture avec Bardot. La jolie anglaise avoua plus tard avoir été troublée à l’écoute du titre, ce qui convainquit peut être l’auteur de rendre la chose publique.

Il en résulta le succès que l’on sait. Gainsbourg dans un de ses accès de mégalomanie qui le caractérisait tira un film de sa chanson, lequel ne trouva pas de réel public mais devint culte avec le temps. Jane Birkin en serveuse de restoroute androgyne, Joe Dalessandro en camionneur homo, Hugues Quester en camionneur homo, Michel Blanc en rescapé du Larzac (Gardarem lou Larzac!) et surtout Gérard. Je veux dire Gérard Depardieu en homme converti à la zoophilie avec son âne pour être trop bien équipé.

Cela se passait en 1976. L’année suivante un individu sujet de sa gracieuse majesté, un certain Alexnder Minto Hugues plus connu sous le nom de scène de « Judge Dread » s’empara indûment du désormais classique de Gainsbourg. Cet artiste à l’imposante carrure pionnier du Reggae au Royaume Uni et Dieu des skinheads reprit la mélodie jouée en instrumental pour y poser un dialogue mettant en scène le « Judge » dragué par une femme qui s’avère être un travesti (Avec bruitage de braguette en prime, les anglais ont décidément un goôt excellent!) Furieux d’avoir été ainsi abusé, le Judge s’en va laissant le malheureux travelo à ses larmes. Cette plaisanterie musicale amusa les insulaires. Gainsbourg beaucoup moins. Une fois que l’homme à la tête de chou eut vent de la pochade, il attaqua en justice le britannique.

Si l’on peut comprendre les raisons de notre compatriote, il faut reconnaître que le juge (J’arrête de l’écrire en anglais) avait probablement mieux saisi le sens de « Je t’aime moi non plus » que bien des auditeurs avant lui, sa version racontant après tout l’histoire d’une attirance non réciproque….


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