Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

Le cinéma français

Aujourd’hui: « L’aîné des Ferchaux » de Jean Pierre Melville (1963)

Un ancien parachutiste et boxeur raté laisse tout choir, petite amie comprise, pour se mettre au service d’un certain Ferchaux, banquier important mais rattrapé par une sale affaire de meurtre commis pendant sa jeunesse en Afrique. Pour les deux hommes, c’est alors le début d’une cavale qui les mènent de la France à L’Amérique latine en passant par les USA. Cependant une relation ambigue se noue entre ces êtres à la conscience peu claire. Pour le moins.

Inspiré du roman homonyme de Georges Simenon, « L’aîné des Ferchaux » est considéré par une partie de la critique comme un grand film malade. Il est vrai qu’il souffre d’être inachevé en raison des relations détestables entre Melville, Charles Vanel et Jean Paul Belmondo. Melville maltraitait Vanel, ce qui lui valut de recevoir une avoine de Belmondo. Il s’ensuivit une brouille aussi profonde que durable entre le cinéaste et l’acteur qui ne prit fin qu’au début des années 70, soit sept ans après la fin du tournage. Mais surtout, il résulta de ces tensions un film à demi-fait puisqu’il ne reflétait que la moitié du livre qui avait servi de base au scénario. Cela explique cette fin en points de suspension montrant un Vanel affalé, et un Belmondo le laissant à son sort pour aller on ne sait ou.

Toutefois, quoiqu’en pense certains, il y a de beaux restes. Le film nous vaut le plaisir de retrouver une Michèle Mercier avant « Angélique », un Belmondo et un Vanel rivalisant de finesse dans des rôles difficiles à défendre, Jean Dessailly qui excelle décidément en fragile, une façon inédite de montrer l’Amérique, dans ses paysages naturels ou urbains (Voir le plan qui montre la maison natale de Frank Sinatra, idole du personnage de Belmondo) et enfin deux points fondamentaux qui donnent toute sa valeur à la chose. Premièrement, le rapport de force entre le vieil homme et celui qu’il faut bien appeler son complice. D’abord à l’avantage de Ferchaux, la situation évolue très vite à la défaveur de ce dernier. Privé de son statut, de sa fortune, il devient une loque qui ne tient plus que grâce à l’appui du jeune homme qui est lui aussi à sa manière une crapule. Peut être cette transformation en guimauve explique-t-elle la dureté de Melville à l’égard de l’acteur- mais bon ce n’est pas une excuse. Il est d’ailleurs intéressant que Vanel occupe ici dont il était déjà coutumier et qu’il reprendra plus tard, mieux une synthèse! (Audiard sort de ce corps!) Un homme arrogant que l’aventure détruit, comme dans « Le salaire de la peur » de Clouzot, et – du moins au début de l’histoire- un homme puissant comme il le sera dans « Sept morts sur ordonnance » de Pierre Granier Defferre. (A cette différence près que dans ce cas précis, il conserve son pouvoir)

L’autre point est la légère nuance qui différencie « L’aîné des Ferchaux » des autres oeuvres de Melville, c’est l’absence de flamboyance de ses héros (Ou plutôt de ses anti-héros). Certes, on retrouve les thèmes favoris du metteur en scène, notamment la fuite et des hommes perdus qui se dirigent vers un but incertain. Toutefois, ce ne sont pas les espèces de chevaliers sans château ni royaume qui livrent un combat qui sera bien souvent un ultime baroud d’honneur. Et ce, même quand il s’agit d’ordure tel le truand joué par Belmondo dans « Le doulos »

Non, pas de ça ici. Une noirceur à peine sauvée par le sentimentalisme de Belmondo ou la souffrance de Vanel. Alors, que dire pour conclure? Inachevé ou pas, malade ou pas, on a ici affaire à un grand film noir français. A revoir. Recommandé pour ceux qui ne l’ont pas vu.

En guise de post scriptum, Belmondo produisit beaucoup plus tard un remake télévisé ou il reprenait le rôle de Charles Vanel et ou Samy Naceri le sien. Fallait-il le faire? Ne l’ayant pas vu, je ne saurais le dire.

A bientôt!


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