Le cinéma français, aujourd’hui: « La métamorphose des cloportes » de Pierre Granier Defferre (1965)

« La métamorphose des cloportes » inspiré du roman homonyme de Alphonse Boudard, narre l’histoire d’Alphonse dit « Le malin », truand de son état qui entreprend qui entreprend un casse aidé de plusieurs comparses. Ces derniers ne paient pas de mine, certains ressemblant à de véritables clochards du crime et, plus grave, se révèlent d’un amateurisme désarmant. Les cloportes du titre, ce sont eux. Cloportes mais pleins de surprises car, tout miteux et maladroits qu’ils soient, les cloportes en question doublent Alphonse lors du coup et vont jusqu’à cambrioler son appartement. Le malheureux Alphonse se retrouve à porter seul le chapeau. Arrêté puis condamné, il sort finalement de prison, bien décidé à récupérer son dû. Allant de surprise en surprise, il découvre que ses anciens acolytes mènent grand train…




« La métamorphose… » est un exemple assez singulier dans le cinéma policier français des années 50/60. Soit il en respecte les codes, noir et blanc, personnages typés, etc. Mais il se distingue par une certaine ironie et, surtout, il est un des rares films de ce type et même un des rares films tout court à aborder le thème de la bêtise. Il ne relève pas du registre parodique des « Tontons flingueurs » sorti l’année précédente et qui comptait déjà Lino Ventura dans sa distribution. Non, le récit est tragique en dépit ou à cause de son ton sarcastique.

Tragique la bêtise d’Alphonse, ironiquement surnommé par dérision « Le malin » constamment grugé lors du récit. Sarcastique le jeu sur les apparences dont chacun sait qu’elles sont trompeuses. Les minables cloportes qui s’avèrent manipulateurs – et forment une belle galerie de portraits portée par d’excellents comédiens tels Georges Géret, Pierre Brasseur, Maurice Biraud et surtout Charles Aznavour. Il faut d’ailleurs accorder à ce dernier une mention spéciale dans son rôle de chétif las d’être protégé par le costaud de service. On peut aussi saluer l’idée de son déguisement de fakir.



Ce détail me permet de rebondir sur l’inventivité du film, dans le choix des décors, les dialogues savoureux d’Audiard et l’excellente autant qu’hilarante idée d’avoir rythmé les années passées en prison par Alphonse par les actualités de l’année, lesquelles se concluent invariablement par la victoire au Tour de France de Jacques Anquetil.

» Et pendant ce temps, Anquetil lucide, gagne le Tour de France! »
A bientôt!
