Les excentriques du Rock’n’Roll.
Aujourd’hui: Robert Gordon.
Robert Ira Gordon natif du New Jersey qui nous a quitté il y a deux ans compta parmi les pionniers du Néo-Rockabilly, mais à la différence de musiciens tels Johnny Legend, l’homme venait de la côte Est et appartenait au berceau du renouveau de la scène Rock américaine, le CBGB’s. Il jouait alors dans le groupe Tuff darts, collectif plus ou moins punk qui serait tombé dans l’oubli s’il n’avait eu dans ses membres le beau Robert. Il ne s’agissait d’ailleurs pas du premier effort musical de Gordon, lequel, plus âgé que la moyenne de ses petits camarades, avait semble-t-il enregistré une ballade Doo-Wop en…1962! Soit à l’âge de quinze ans.
A la fin des années 70, suite à son passage par la case punk, Gordon enfourcha le cheval de bataille du Rockabilly, épaulé par le légendaire guitariste Link Wray, auteur de la déflagration « Rumble », morceau qui gagna ses lettres de noblesse en 1959 en devenant le premier et seul instrumental à connaître une interdiction pour incitation à l’émeute. Il s’ensuivit une série d’albums (Dieu que je déteste ce mot!) composé majoritairement de reprises qui ne ressemblent jamais à des copies carbone. Pour l’anecdote, le relatif succès du premier 33 tours (Na!) de Gordon en 1977 fut la conséquence de la mort du King.
Quoiqu’il en soit, le parcours de Gordon, parti du punk pour parvenir au Rockabilly est symptomatique de cette ère qui rêvait faire table rase du passé avant de susciter plus de revivals qu’à son tour. Les Mods puis le Ska chez les anglais via Paul Weller, the Jam ou les Specials. Le Rockabilly, les Girl groups chez les américains via Robert Gordon, Blondie ou Billy Zoom. Ou les Stray cats. Je ne me réfère pas par hasard au groupe de Brian Setzer qui connut un succès auquel Robert Gordon ne parvint jamais. Parce que son répertoire ne comportait que peu d’originaux. Erreur que ne reproduisit pas Setzer et son gang en composant leurs propres chansons et…en passant par le Royaume uni.

En effet, et aussi étrange qu’il paraisse, le public américain s’était montré très oublieux ou indifférent à l’égard de cette musique pourtant née sur son sol. Au point que les artistes américains désireux de réactiver l’authentique Rock’n’Roll étaient contraints de passer par la terre des angles ou se bousculaient les tribus susceptibles de leur prêter oreille. Ce fut le cas des Stray cats qui firent ce pèlerinage apparemment nécessaire pour réussir chez soi. Robert Gordon qui n’y sacrifia pas paya la note en demeurant une figure culte mais au succès limité.







Sur ce je vous laisse, et vous signale quand même pour mémoire les guitaristes qui ont remplacé Link Wray aux côtés de Gordon: Danny « The humbler » Gatton, lequel se suicida puis Chris Spedding, roi des musiciens de séances. Il ne faut pas oublier non plus la participation du chanteur au film de Katherine Bigelow « The loveless », par ailleurs première apparition notable de Willem Dafoe. Enfin, il convient de noter l’excellente reprise façon fifties du « Fire » de Bruce Springsteen. Le lavage fifties d’un titre contemporain, un procédé que d’autres emploieront, notamment les Pole cats avec leur version du « John I’m only dancing » de Bowie. Autant de preuves que le retour du Rock fifties n’était pas qu’un accès de nostalgie!

