Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers

DCXXXIX- Le petit bleu de la côte ouest, ou le vague à l’âme des cadres.

« Le petit bleu de la côte ouest » (1976) de Jean Patrick Manchette.

Ce roman de Manchette fait suite à « Que d’os » (Voir article précédent) et se situe dans une veine sensiblement différente de ce dernier. Là ou « Que d’os » relevait du pur divertissement, « Le petit bleu de la côte ouest » est plus profond tout en suivant un récit plus simple et linéaire que celui adoptés lors des aventures d’Eugène Tarpon. Mais quelle est l’histoire? Celle d’un cadre supérieur qui, un soir, alors qu’il roule un peu éméché recueille un agonisant. L’ennui est que ce dernier n’est ni malade, ni accidenté mais victime d’un attentat. Bien sûr, l’homme en question a une certaine importance et lorsqu’il expire, le cadre devient à son tour une cible. En conséquence, le cadre est obligé de prendre la fuite et, par là même, s’arracher à sa vie confortable.

Ici, il s’agit moins pour l’auteur de suivre un homme traqué que de brosser un portrait d’une société quelque peu à la dérive. En cela, il rejoint l’air de son temps (Le milieu des années 70 en l’occurrence.) en abordant le thème du malaise des cadres. Littérature, cinéma et même chanson vont en effet durant cette période parler de cette catégorie sociale. On peut citer pèle mêle les dirigeants de multinationale atteints du syndrome du corbeau de « L’imprécateur »(1974) de René-Victor Philès (Et que Jean Louis Bertucelli portera à l’écran en 1977), le fondé de pouvoir manipulé de « L’argent des autres » (1978) de Christian de Challonge ou encore le malheureux licencié de « Il ne rentre pas ce soir » chanté par Eddy Mitchell, sans oublier les cadres toujours prêts à se tirer dans les pattes des bandes dessinées de Gérard Lauzier dans ses recueils acerbes « Tranches de vie. » Mais ce qui guette le héros du « Petit bleu..’ ce n’est ni la perte de son emploi, ni les querelles internes, ni de sombres machinations. Non. C’est l’ennui. La première scène du livre donne déjà le ton en le montrant pris de boisson au volant sur fond de Jazz West Coast: le portrait d’un homme qui s’ennuie et cherche une échappatoire. Et c’est l’intrusion du danger qui lui offre une rupture avec cette monotonie. Les analyses des critiques supposées du libéralisme tombent parfois à côté de la plaque, mais ce n’est pas le cas ici car ce qui torture le personnages principal c’est d’abord une existence que d’aucuns trouveraient enviable mais qui ne lui propose rien d’autre que le confort matériel.

Par ailleurs, le livre regorge de personnages pittoresques, en particulier les deux tueurs aux trousses du héros, lesquels font une fixette sur l’homme araignée, dont ils ont une interprétation pour le moins personnelle!

« Le petit bleu de la côte ouest » fut adapté en 1980 par Jacques Deray avec Alain Delon dans le rôle principal sous le titre « Trois hommes à abattre ». Hélas, il lui manque la fantaisie du livre. Reste la belle Dallila di Lazzaro et une certaine efficacité. Heureusement, la seconde rencontre Delon/Manchette se révélera plus fructueuse l’année suivante quand l’acteur adaptera lui-même « Que d’os »! (Voir article précédent)


Laisser un commentaire