DCXXXXVIII- « Morgue Pleine » et « Que d’os », le diptyque du privé Eugène Tarpon de Jean Patrick Manchette.
Nombre d’auteurs de Série Noire sont associés à un héros récurrent. Depuis Sir Conan Doyle avec Sherlock Holmes jusqu’à Frédéric Dard et San Antonio ( Au point qu’une confusion s’installa entre l’homme et l’oeuvre) en passant par Léo Malet et Nestor Burma, Mickey Spillane et Mike Hammer, Raymond Chandler et Philip Marlowe, André Héléna et L’Aristo ou encore, pour citer le plus folklorique, Pierre Siniac et Luj’ Inferman. Jean Patrick Manchette quant à lui se contenta de faire apparaître Eugène Tarpon à deu x reprises, d’abord dans « Morgue pleine » (1973) puis dans « Que d’os » (1976)
Mais qui est Eugène Tarpon? Un homme d’âge moyen, plutôt banal et qui exerce la profession de détective privé. Il est poursuivi par un mauvais souvenir – il a tué un manifestant et, quant démarre sa première aventure littéraire, son activité n’est guère florissante. Tout change cependant ( Et forcément, sinon pas d’histoire!) quant une série de rencontres qui emmèneront notre héros dans une intrigue à la vérité incompréhensible. Mais quelle importance? Ici c’est moins le récit que la galerie de portraits qui compte. En cela, Manchette réussit son hommage au genre du détective privé américain et par là même au « Grand sommeil » ( Le livre autant que le film) dont l’énigme absconse fut finalement regardée comme une qualité avec le temps. Alors, savourons cette plongée dans un Paris interlope et excentrique des années post-68, avec au menu un musicien de Jazz, un milliardaire gâteux et une jolie cascadeuse. Entre autres. Tout au plus faut-il déplorer le manque de rythme qui nuit à cette ballade au demeurant sympathique.
« Morgue pleine » fut adapté en 1983 par Jacques Bral avec Jean François Balmer dans le rôle de Tarpon qui s’y montrait plutôt convaincant et sauvait pour partie le film victime d’une mie en scène chichiteuse, typique du déclin du polar français dans les années 80, entre avant-garde gauchiste et Belmondo et Delon qui délaissaient la partie.
« Que d’os » en revanche s’avère nettement plus dynamique avec son histoire loufoque sur fond de souvenirs d’Occupation et de guerre d’Espagne. On y fait davantage connaissance avec Tarpon, dont on découvre la passion pour les échecs et donne à regretter que Manchette ne l’ait pas davantage utilisé.
« Que d’os » eut également droit à sa version sur grand écran: « Pour la peau d’un flic » ‘1981 réalisée par Alain Delon avec Alain Delon (Bon j’arrête, les Guignol, ça suffit. Leur caricature du personnage tenait de l’acharnement anti-national) et une débutante du nom d’Anne Parillaud (Qui gagna au passage le droit de faire une pub Woolite et de poser dans Playboy) Delon était déjà familier de l’univers de Manchette puisqu’il avait déjà joué dans l »adaptation du « Petit bleu de la côte ouest » sous le titre » Trois hommes à abattre ». Delon se montre à l’aise dans le rôle, montrant un sens de l’auto-dérision qui en surprendrait plus d’un, ainsi qu’une certaine audace, notamment quant au choix de la musique (le très étonnant « Bensonhurst blues » fort critiqué à l’époque) Delon retrempera dans le monde de Manchette l’année suivante avec « Le choc » de Robin Davis d’après « La position du tireur couché »




A bientôt!
