DCXXXVI- L’Amérique des marges, septième partie.
Le Count Dante, légende urbaine du temps de la vogue des arts martiaux.
Le milieu des années 70 vit déferler sur le monde une toquade d’importance pour les arts martiaux. L’Amérique ne fut évidemment pas épargnée par le phénomène, lequel prit une ampleur à la démesure de ce pays. Outre la multiplication des dojos (Déjà en germe depuis un moment, il faut le dire.) La culture populaire s’empressa de sauter dessus, bandes dessinées, télévision, cinéma et même musique y allèrent de leurs katas et héros champions du coup de pied sauté. Entre les émules de Bruce Lee, Shang Chi ( Le gentil fils de Fu Manchu) et ses mains mortelles, Caine le métis plein de sagesse de « Kung fu » (Joué par David Carradine et qui aurait du l’être par Bruce Lee dont c’était d’ailleurs la création) sans oublier le tube proto-Disco « King fu fighting » qui incitait à la prudence en boite de nuit en cas de rencontre avec un abruti confondant Paso Doble et tatane dans les burnes. Elvis lui-même montra ses compétences en la matière, mais il est vrai que le King pratiquait depuis longtemps. Ironiquement, l’initiateur principal de cette folie ne put en en profiter, à savoir le petit dragon en personne. Il était mort.
Au milieu de cette jungle ou se côtoyaient mythomanes, margoulins, victimes de la mode, prodiges, fiction et réalité, il se distingua une figure marquante et controversée revenue en vogue au début des années 2000: John Keehan, plus connu sous le nom de guerre de Count Dante.
John Keehan, artiste martial et coiffeur.

Keehan, natif de l’Illinois se dota d’un bagage martial respectable puis ouvrit un dojo à Chicago ou il rencontra un certain succès en acceptant l’adhésion d’élèves noirs, ce qui était courageux en ces temps de racisme (La fin des années 50, en l’espèce.) Mais ce ne fut pas pour cette raison que ce monsieur fit parler de lui. D’ailleurs, vous vous êtes peut-être douté de quelque chose à la lecture de son pseudonyme, non? Vous, les familiers de ce blog, vous savez que je parle rarement de gens ordinaires! Mais je digresse. Alors, Keehan au début des années 60 se mit, pour parler familièrement, à péter les plombs. Il exerça pour les Bunnies de Playboy la profession de coiffeur et qu’il s’arrogea indûment le titre de comte (En référence à celui de Monte Cristo, c’est rigoureusement authentique!) et tenta de se faire passer pour le descendant d’un aristocrate espagnol (Le grand d’Espagne? Qu’en aurait pensé Bernanos?) Il inventa le Dim Mak, l’art martial le plus mortel du monde, attaqua plusieurs dojos concurrents puis le domicile de Muhammad Ali (Qui avait refusé le combat que Keehan lui avait proposé) se vanta de pouvoir assommer un boeuf avec le poing et fricota avec la Mafia de Chicago, le » Chicago outfit « . Bien entendu, avec un tel C.V, le bonhomme suscita quelques rancunes, au point que certains virent dans sa mort prématurée la conséquence d’un assassinat par empoisonnement.
C’est d’ailleurs, la seule vraie controverse concernant ce personnage pittoresque mais antipathique. Dans un western assez célèbre (Dont j’ai oublié le titre, pardonnez moi!) un des personnages déclarait: « Quand la légende est plus belle que la réalité, c’est la légende qu’il faut imprimer. » En l’occurrence, quelle est la plus belle, la légende ou la réalité? A méditer.






Publicité pour le dojo du comte qui paraissait dans des bandes dessinées.

Publicités pour tenues martiales.


T-shirts, affiches, bande dessinée et même groupe de Rock, les ex-votos se multiplièrent bien après la mort de Keehan!


Finissons sur de vraies ceintures noires. Le King terrassant Superfoot Bill Wallace!

