DCXXXVI- L’Amérique des marges, quatrième partie.
Le vote à main levé en Amérique, ou les adeptes d’Hitler aux USA.
‘On commence par un concours hippique et on finit par vouloir conquérir le monde! » (Jean Mabire « Les paras perdus »)
Le Nazisme et l’Amérique, une histoire qui prend racine chez certains immigrants allemands séduits par les bruits de bottes venus de leur mère-patrie. Parmi eux, il y eut Fritz Kuhn qui fonda le pendant américain du NSDAP, le Bund (Ironiquement homonyme du Bund des travailleurs juifs d’Ukraine datant de la révolution bolchevique!) Il connut un certain succès auprès des américains de souche germanique, provoqua de nombreux incidents, affronta l’opposition d’une partie non négligeable des américains, et ce dans strates aussi différentes que la Mafia et le FBI. Eh oui, ce bon vieux Edgar Hoover ne prisait guère ces émules de la SA, si peu qu’il en interdit l’existence au début de la guerre. Comme quoi, nul ne saurait être entièrement mauvais Cela au demeurant n’empêcha pas Hoover de lister au moment de la Chasse aux sorcières les « Antinazis précoces », autrement dit tous ceux qui avaient réagi contre la menace venu d’Allemagne, parmi lesquels l’acteur Vincent Price. Ce vieil Edgar aurait pu s’inclure dans le nombre. Quoiqu’il en soit, après avoir été assigné à résidence pendant toute la durée du conflit, Kuhn s’en alla mourir en Germanie (Comme chantait Michel Sardou) ou il était né. Mais pas sans laisser d’héritage…
Fritz Kuhn

Rassemblement du Bund. 1938?

Hollywood perdant rarement du temps pour s’emparer de l’actualité (Il faut battre le fer tant qu’il est chaud, c’est bien connu!), un film consacré aux nazis américains fut tourné dès 1938 par Anatle Litvak: « Confessions of a nazi spy/ Confessions d’un espion nazi. »

A la fin des années 50, un certain George Lincoln Rockwell, publicitaire et ancien pilote de l’Aéronavale, créa le Parti Nazi Américain, en contradiction totale avec son passé. Aviateur sans reproche qui combattit l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale, avant de faire à nouveau son devoir en Corée, ce fut une fois rendu à la vie civile qu’on ne sait quelle mouche piqua Rockwell pour que ce dernier s’entiche du Fuhrer. Peut-être avait-il entendu une voix qui lui aurait dit, tel à un Mahomet d’Outre-Atlantique: « Admire Adolf, t’auras l’air d’un coureur! » Mais quelle que fut la raison de ce revirement, Rockwell s’y tint, créanr le Parti Nazi Américain, lançant le slogan « White Power » et malgré son peu d’audience, Rockwell suscita un intérêt qui dépassa et dépasse encore la question de l’aspect folklorique du personnage et de son mouvement.

Le « Hate bus » ou « Bus de la haine » avec lequel Rockwell et ses séides sillonnaient les USA pour porter leur « Bonne parole ».



En effet, si le mouvement de Rockwell ne représenta rien politiquement, il toucha une corde sensible chez une partie de la population blanche. Il ne faut pas oublier que les années 6O étaient celles de la lutte pour les droits civiques, incarnée par l’aile modérée de Martin Luther King et celle plus radicale de Malcolm X. Celles des émeutes de Los Angeles et d’un grand questionnement sur le « Problème noir » qui secouait le pays tout entier. Au sein de ce pays, des gens qui n’étaient en rien des nazis ou même des racistes craignaient quant aux conséquences de cette agitation qui débouchait souvent sur une grande violence. Rockwell était le symptôme de cette peur. Bien qu’il connut un sort identique à celui de ses ennemis King et Malcolm X, il mourut comme eux assassiné (Par un de ses adeptes, un nommé John Patler, pour de sombres histoires de couleurs d’yeux) cette angoisse raciale majeure aux USA qu’il avait découvert ne pouvait plus être niée. D’autres continuèrent à creuser ce sillon, à commencer par son successeur Matthias Koehl mais aussi par des gens beaucoup plus sérieux et discrets: les Alt-rights. Ce mouvement plus social que véritablement politique, prône la séparation des races de la manière la plus stricte. Dirigé par Richard Spencer, il concerne pour l’essentiel des professionnels libéraux à hauts salaires et haut niveau d’études (CSP+ autrement dit) il montre par son existence même la pérennité de ce malaise à l’instar de son pendant noir « Black lives matter »
Rockwell face à Martin Luther King. Il rencontra un autre leader noir, bien plus radical, Elijah Muhammad, auquel il proposait le retour des noirs en Afrique.

Elijah Muhammad, leader des musulmans noirs.




Le « retour » du Nazisme, bien que minoritaire, inspira la culture pop, en particulier à la télévision dans « La quatrième dimension » lors de deux épisodes « The man in the bottle » (1960) (Voir ci-dessous)

Ainsi que « He’s alive » (1962) ou apparaît un jeune Dennis Hopper.


Le cinéma s’y intéressa également avec « Pressure point » (1962) ou Sidney Poitier, psychiatre carcéral, traite le cas d’un jeune nazi à l’époque du « Bund », lequel est joué par Bobby Darin, chanteur alors en vogue, étrange croisement entre Sinatra et Elvis.


Même Jack Webb dut se frotter à de jeunes disciples du petits moustachu lors d’un épisode de « Dragnet » « The LSD story »! (1967)


Pour finir, Brando joua un clone de Rockwell dans le feuilleton « Racines: la nouvelle génération » (1979) saga narrant les heurs et malheurs d’une famille afro-américaine. Notez la pipe, très ressemblante!

Matthias Koehl, successeur de Rockwell.

