DCVII- Luc Moullet, cinéaste à part…
» Pourquoi filmez-vous? »
« Pour gagner plein de fric, faire de grands voyages et rencontrer de belles nanas! »
Réponse de Luc Moullet au journal Libération dans son numéro spécial consacré aux cinéastes intitulé « pourquoi filmez-vous? »
Sans doute vous demanderez vous qui est le sympathique barbu à pull over rouge qui semble chercher son chemin sur cette carte de France , vous avez sûrement compris qu’il s’agissait du sujet du jour, Luc Moullet et qu’il est cinéaste et accessoirement à part. Trêve de plaisanteries, Luc Moullet qui débuta en tant que critique cinématographique embraya (Sans pour autant cesser son activité journalistique) sur une carrière dans la réalisation au début des années 70 et qu’il poursuit encore. Il est à la tête d’une oeuvre prolifique ou alternent fictions et documentaires. Le ton de ses films, et ce quelque soit le genre adopté, est ironique, décalé souvent porté vers la satire sociale ou/et l’autodérision.
J’ai fait connaissance avec Luc Moullet (Son cinéma, je ne connais pas le monsieur, hein!) en feuilletant en 1979 un numéro du Nouvel observateur ou il était question de son film « Genèse d’un repas » Je n’ai pas vu le film, je ne l’ai d’ailleurs toujours pas vu. Mais le titre m’avait plu. Deux ans plus tard, il se passa la chose inverse, je vis à la télévision un film de Luc Moullet « Ma première brasse. » , court métrage relatant les déboires d’un homme effrayé à l’idée de nager. Joué par Luc Moullet. Je vis donc un film de Luc Moullet; avec Luc Moullet. Mais sans savoir que c’était Luc Moullet.


« Anatomie d’un rapport » (1976)

« Genèse d’un repas » (1978) Documentaire décrivant comment nos pitances parviennent dans nos assiettes, depuis la récolte dans le Tiers-monde jusqu’à chez nous en passant par la transformation du produit.

Photo de « Ma première brasse » (1981)

‘Barres » (1984)

Je ne fis l’addition de tout cela qu’en 1988 lors de la lecture du numéro spécial de « Libération » dont est extraite la citation en exergue de cet article. J’approfondis ma connaissance à la lecture du livre de François Jouffa paru la même année « Entre deux censures » lequel évoquait l’état de la censure en France entre Pompidou et les premières années de Giscard. Il y était question de films érotiques ou se rapportant à la sexualité, dont « Anatomie d’un rapport »
J’ai eu l’occasion de le voir beaucoup plus tard en DVD chez des amis, aussi me permet-je de vous en toucher un mot. Cet opus narre l’aventure d’un couple qui accepte d’être filmé par une psychologue au quotidien, ce qui implique également sa vie amoureuse. Réalisé en 1975 ( Et sorti en 1976), le film porte un regard amusé sur deux phénomènes qui explosaient alors: le cinéma porno (« Paris Match », je crois, titrait « La France porno ») et le féminisme. Cette idéologie affecte d’ailleurs lourdement au cours du récit la femme dudit couple qui s’en prend à son mari en lui demandant sur un ton inquisiteur:’Est-ce que tu sais ou est mon sexe? », à quoi le brave bonhomme répond: » Vous êtes toutes devenues des robots! »
Je laisse à chacun le soin de tirer ses propres conclusions, mais il faut reconnaître à Moullet l’intelligence de garder du recul envers les excès de ses contemporains. Peu importe l’époque. Peu importe le point de vue.
Dans « La comédie du travail » (1988) Moullet enfonce ce clou en décrivant les parcours parallèles de deux personnages que tout oppose mais que le récit fini par réunir. L’un, joué par Roland Blanche, caricature de l’employé de banque modèle qui ne vit que pour le travail et un flemmard professionnel qu’une assistante sociale cherche à remettre dans le droit chemin.
Entre la monotonie de l’un et la tricherie de l’autre, Moullet ne choisit pas, se contentant de pointer les dérives du caractère obtus du travailleur et de l’égoisme du flemmard.

« Les sièges de l’Alcazar » (1989) Le caissier c’est Dominique Zardi, eh oui, encore lui!
Je conclurais par « Les sièges de l’Alcazar » évocation de la cinéphilie à la fin des années 50 au travers de la relation compliquée entre deux critiques cinématographiques, l’un représentant « Les cahiers du cinéma » l’autre « Positif ». Relation complexe car les deux revues appartenaient à des chapelles qui se détestaient ( La querelle était déjà évoquée dans « Liberty Belle » de Pascal Kané, mais dans un registre autrement plus sérieux) Drôle, ironique mais pas sans tendresse, le film est bien de son auteur avec son ton si particulier et son goût des détails dérisoires. Preuve en est la qualité des fauteuils qui obsède le héros, d’ou le titre du film!

A bientôt, j’espère que cet article vous aura plu mais avant de partir, pour ceux que le sujet intéresse, quelques livres sur et par le cinéaste: son autobiographie « Mémoires d’une savonnette indocile », un recueils de ses critiques « Piges choisies » et une étude sur Cecil B. Demille « Cecil B. Demill: l’empereur du mauve »
Voila, maintenant que j’ai fini de faire mon Bernard Pivot, vous pouvez aller vous coucher sans oublier de vous brosser les dents avant!
