DCLII- Littérature militaire.
« Les soleils de Badarane » (1968) de Pierre Lauer.
Malgré d’intenses recherches, je n’ai pas découvert grand chose au sujet de cet auteur dont ce fut le seul roman. Journaliste par ailleurs (Il avouait donner cette réponse par paresse quant on l’interrogeait sur sa profession) et co-auteur d’un livre sur le roi de Jordanie avec un certain Nick Vance, Lauer se perdit ensuite dans la nature. Quoiqu’il en soit, examinons cet opus unique. Ce qui lui vaut de figurer dans cette rubrique « Littérature militaire » c’est de parler de guerre et d’un genre de guerre particulier: les guerres privées autrement dit les guerres de mercenaires. En l’espèce le livre suit le chemin d’Evrard ancien militaire qui accepte par contrat une mission consistant à mener un groupe armé jusqu’au poste de Badarane dans le Sahara. Il se retrouve à la tête d’une bande de personnages qui pour être hauts en couleurs n’en sont pas plus recommandables. ( Il y a dans le lot un ancien kapo nazi) Bien entendu, la mission ne se déroulera pas comme prévu et – faut-il le préciser?- finira mal. Jusqu’ici, les conventions propres à ce type de récit sont respectées: figures marginales, violence et noirceur. Mais là ou « Les soleils de Badarane » se distinguent, c’est par leur caractère ouvertement homosexuel. Eh bien oui, Evrard le pivot (Je ne vais pas écrire le héros, il n’est en rien un modèle) de l’histoire entretient une liaison avec le plus jeune membre de son équipe, Villiers, ancien para de Bigeard. Par bienséance, je ne vous dirais pas qui fait Tuture et qui fait Tatave, mais me contenterais du mot de Max O’Connel, un des membres de l’équipe, pour Villiers après la mort de ce dernier: « Pas d’orchidées pour Miss Villiers! »

Certes, l’homosexualité a sa place dans les récits guerriers…ainsi que dans le réel! L’histoire est en effet remplie d’homosexuels qui o,t assumé des responsabilités militaires. De Philippe D’Orléans dit « Monsieur » frère de Louis XIV au général De Lattre, en passant par Friedrich Von Steuben fondateur de l’armée américaine et le Maréchal Hubert Lyautey colonisateur du Maroc ( Dont Clémenceau disait: » Il avait des couilles au cul, même si ce n’étaient pas toujours les siennes! ») Ce qui donne une claque aux virilistes comme aux tenant de la théorie du genre. Prjugés contre préjugés mis dos à dos.
Pour revenir au domaine de la fiction, on trouve des figures homos comme le malheureux soldat du « Dernier train du Katanga » qui meurt violé par une escouade de rebelles noirs (Dans le film, j’avoue ne pas avoir lu le roman de Wilbur Smith, dont l’adaptation à l’écran fut semble-t-il assez libre.) ou même chez l’un de nos plus grands auteurs Gustave Flaubert qui décrivait dans sa célèbre épopée « Salammbô » certains des mercenaires comme ayant pour leurs pairs des « Complaisances d’épouses… »
Complaisances que l’on retrouve dans « Les soleils de Badarane », ceci et bien d’autres choses, un style sec et imagé, une description aigue des rapports de force d’autant plus tendus quant ils ont lieu dans une situation ou les hommes risquent leur peau, un cynisme parfois grinçant, parfois réjouissant, plein de cet anarchisme de droite cher à votre serviteur qui n’en n’est que plus savoureux en regard du contexte dans lequel il a été écrit, celui de 68, quand les pavés volaient portés par des mains faibles.
Pour mémoire, le livre de Lauer (Et Vance) sur Hussein de Jordanie.

A bientôt!
