Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers!

CXLIII- Kennedy, la France, la culture pop. Considérations générales….

« Le représentant en whisky irlandais! »

En ces termes parlait le grand Charles du trente cinquième président américain. C’était un peu excessif, et aurait davantage concerné son père qui, tout le monde le sait, fit fortune pendant la Prohibition. Néanmoins, s’il est permis de critiquer, voire de tenter de détruire, le mythe lié à JFK – vous verrez d’ailleurs dans cet article que certains ne s’en sont pas privé!- personne ne saurait nier son importance , pour le meilleur et pour le pire, notamment dans la culture populaire. Cinéma, littérature et même musique se sont emparé chacun d’un peu de l’image de ce personnage, non seulement aux USA mais aussi dans d’autres pays, la France par exemple.

Donc, cet article se centrera sur l’image renvoyée par la France de JFK d’une part et des légendes urbaines suscitées par l’assassinat de ce dernier. Commençons alors sous le patronage des Misfits, légendaire groupe punk du New Jersey et de son simple « Bullet » qui usait d’une image tirée du jour maudit du 22 novembre 1963 pour illustrer sa pochette!

Alors? Pour le moins, Kennedy était déjà controversé de son vivant, il le fut davantage après sa mort. Il provoqua d’bord l’ire de l’extrême drouate (La faute est volontaire, le mot m’agace tant il est galvaudé par les temps qui courent) des puissants, mafieux, radicaux, pétroliers texans, qui se sentaient lésés, à tort ou à raison, par son action, dans leurs intérêts. Ou leurs convictions. Il est vrai qu’avec son ouverture envers les minorités, gens de couleurs, et autres, l’homme à la coupe de cheveux classe internationale avait de quoi énerver les réacs de tout poil. D’un point de vue contemporain et français, il est clair que le gauchisme qui imprègne la culture actuelle a toutes les raisons de se lever pour distribuer des baffes à qui mieux mieux à la première tignasse bleue venue. Toutefois, le conservatisme américain est infiniment plus dur que celui existant chez nous, au point qu’un Kennedy pourtant modéré dans ses intentions pouvait passer pour un marxiste aux yeux d’une certaine partie de la population des USA, dans laquelle se confondent les plus pauvres et une certaine élite économique.

Un des premiers films à évoquer ce cas de figure – un complot fomenté par les riches conservateurs ultras contre Kennedy- est « Complot à Dallas/ Executive action » (1973) de David Miller. Basé sur un scénario de Dalton Trumbo, grand contestataire devant l’éternel, et interprété par deux anciennes pointures du Film Noir Hollywoodien, Burt Lancaster et Robert Ryan, le film souffre du manque d’envergure de son réalisateur, d’un usage abusif d’images d’archives et d’un budget trop serré (Pour l’anecdote, Kirk Douglas participa au financement, et Donald Sutherland voulut un temps le produire. Il se rattrapa plus tard en jouant dans le « JFK » d’Oliver Stone) Néanmoins qu’on partage ou non le point de vue choisi par le scénariste -qui donne une image par trop idéale du président victime- et en dépit de ses nombreux défauts, « Complot à Dallas » reste une tentative intéressante et audacieuse pour l’époque de comprendre ce qui demeure un des événements les plus tragiques du siècle précédent.

A la fin des années 60, la contestation anti-Kennedy changea de camp, passant à la gauche de la gauche dans sa version la plus dégénérée, les Yippies, tirant leurs nom de l’acronyme Y.I.P ou Youth International Party, crée par Jerry Rubin et Abbie Hoffman, hippies radicalisés guère plus subtils que leurs compatriotes jean droitards. Ces derniers voyaient des communistes partout, les Yippies voyaient des fascistes partout. En particulier dans le clan Kennedy que Jerry Rubin qualifiait de « Péril fasciste » dans son livre « Do it », manifeste des Yippies.

Pour ce qui est de la littérature, nombre d’auteurs se penchèrent sur le sujet, et non des moindres: Norman Mailer ( « Oswald: une tragédie américaine »), Don De Lilo (« Libra »), mais aussi des écrivains de genre, relevant du roman noir comme James Ellroy (Sur lequel je reviendrais sous peu) ou de la science fiction comme Barry Malzberg avec « La destruction du temple » (Aussi connu sous le titre « Scop ») uchronie sur l’assassinat de Kennedy plutôt casse-tête, qui confond complexité et embrouillamini.

Venons en maintenant à « I comme Icare » (1979) de Henri Verneuil, autre essai sur la thèse du complot contre Kennedy. Bien que l’action ait été transposée dans un pays imaginaire et à l’époque contemporaine ( Contemporaine du film, il va sans dire), la référence est évidente. Réflexion sur les groupes de pression et leur pouvoir pour le moins inquiétant, l’ingérence de grandes puissances dans la politique intérieure de leurs voisins, et sur la soumission des individus aux idéologies, « I comme Icare » est tout simplement passionnant, et l’un des meilleurs films de son réalisateur. A noter que Yves Montand s’était fait la tête du procureur Garrisson, l’homme qui mit en doute les conclusions du rapport Warren pour lequel Lee Harvey Oswald était le seul tireur. A noter enfin qu’il existe un point commun entre Montand et Kennedy: ils eurent tous les deux Marilyn pour maîtresse. Montand s’en plaignit d’ailleurs, trouvant sa célèbre conquête peu efficace. Pour rester poli.

Brigitte Lahaie, dans son rôle bref mais violent dans « I comme Icare »

Puisqu’il est question de romance présidentielle voici le titre d’une jeune Vanessa Paradis qui évoque les amours entre « Une étoile et un lion », selon les premiers vers de cette chanson.

Comme promis, voici James Ellroy et son épopée politico-mafieuse « American Tabloid » ou le géant germano-américain donne sa version de l’assassinat de Kennedy, violente, colorée, audacieuse, dont la complexité ne vire jamais à la complication, malgré la tendance de son auteur au n’importe quoi (Marilyn et Kennedy n’ont jamais été amants, ben voyons, accroche toi au pinceau, Jimmy, je retire l’échelle) A cela s’ajoute un personnage français, ancien du Katanga, et assassin de Patrice Lumumba. Et complètement idiot. Bon, là Jimmy, tu c…s dans la colle. Allez, on pardonne, le livre est un chef d’oeuvre.

Et au moins, on ne s’ennuie pas, contrairement à ce qu’on ressent à la lecture de « La malédiction d’Edgar » de Marc Dugain, qui est surtout celle du lecteur qui aura eu le malheur de jeter un oeil à cette biographie de l’ancien patron du F.B.I, le terrible J.Edgar Hoover, homme de toutes les penderies, celles des autres comme la sienne. Dirigeant souterrain de l’Amérique et homosexuel honteux, sachant les secrets de tous, mais incapable de garder le sien, tenu par la Mafia qui possédait une de ses photos de vacances sur laquelle il apparaissait dans un pantalon de dentelles qui devait être du plus bel effet. Tout cela aurait pu donné une belle réussite (Surtout en regard de l’impressionnante documentation visiblement consultée par Dugain) mais le parti-pris intimiste de l’auteur ne convient pas au sujet et ce en dépit de l’intéressante idée de faire raconter l’histoire du point de vue de Clyde Tolson, « partenaire » de Hoover. Pour l’anecdote, ce dernier reçut des mains de Nixon le drapeau américain replié lors des obsèques de son compagnon, honneur réservé aux veuves de présidents aux USA. Comme quoi, pour reprendre un mot de ma cambrousse: ça rapporte parfois d’être veuvier!

A bientôt!


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