CXXXIV- Kessel, Simenon, Kent font leurs valises. Quant les écrivains partent en voyage.
Aujourd’hui, quelques livres ou des auteurs divers et variés témoignent de ce que leurs voyages leur ont apporté de cocasse, d’insolite, d’émouvant ou de triste.
« Hong Kong et Macao » (1957) de Joseph Kessel.
Joseph Kessel rapporta dans ce volume ses impressions suite à son séjour dans les deux villes susmentionnées. Et par là même signaler le contraste entre ces deux lieux, parmi les plus célèbres du continent asiatique. Macao, d’une part, qui porte l’empreinte de son ancien colonisateur portugais, calme, à l’architecture typique du sud de l’Europe, respirant une décontraction ou se mélangent la « Saudade » ou mélancolie lusitanienne et la souplesse bouddhique. Hong Kong, d’autre part, encore colonie britannique à la sortie du livre, ou la langue anglaise sert de lien à une population séparée par les différents dialectes chinois. On sent aussi, outre l’influence des anglais, celle à peine voilée, de l’Amérique.
Parfois très drôle (L’épisode des chercheuses de fiancés) parfois émouvants (La conclusion avec les enfants misérables) parfois passionnant et parfois très ennuyeux, le livre de Kessel est à l’image de son auteur capable du pire comme du meilleur. Après tout, Kessel a produit des chefs d’oeuvres comme « Les cavaliers » ou « La steppe rouge » (Déjà chroniqué dans ces pages) et de gros ratés tel « La vallée des rubis ». Au final, un ouvrage inégal mais cependant à lire pour ce qu’il est un document sur une partie du monde qui comptera de plus en plus et sur une époque. Il plaira à ceux que l’Asie intéresse et même aux autres.

» A la recherche de l’homme nu » (1976) de Georges Simenon
« L’Afrique vous parle, oui, elle vous dit merde! Et c’est bien fait! » Ainsi Simenon concluait-il le reportage qu’il avait ramené du continent susmentionné en 1932. Reportage parmi d’autre réalisé par le créateur du célébrissime commissaire Maigret et compilés dan ce volume ou l’auteur se ballade certes en Afrique mais aussi aux USA ainsi que dans diverses parties du monde. « A la recherche de l’homme nu » appartient à un cycle de recueils d’articles intitulé « Mes apprentissages » . Ce titre est beau et évocateur, puisqu’il se réfère à ses premiers pas dans l’écriture et rappelle, peut être sans le vouloir, qu’un écrivain doit non seulement connaître les livres mais aussi la vie. En être sinon un acteur, au moins un témoin. Ces choses vues (Comme aurait dit Victor Hugo) drôles ou tristes, essentielles ou anecdotiques, sont toujours pertinentes grâce à l’oeil jeune alors mais acéré de Simenon qui trouvait là matière au romancier en devenir qu’il était.
Chaudement recommandé!

« Apathy for the Devil: les seventies, voyage au coeur des ténèbre » » (2010) de Nick Kent.
Je vais sacrifier à mon anglophilie avec ce recueil d’articles du journaliste Rock britannique Nick Kent. Ainsi que le sous-titre français l’indique, Kent évoque ici la décennie 70, ses stars, ses excès, la drogue, les luttes d’influence et la déchéance de certains artistes.
Les pérégrinations de Kent l’emmènent de son Angleterre natale à la grande Amérique, d’ou la présence de cet ouvrage dans cet article.
Kent ne se contenta pas de regarder ce qui se passait autour de lui, il était immergé dans ce monde, drogué jusqu’aux yeux selon la coutume de l’époque, l’auteur ne se ménage pas plus qu’il ne ménage les autres. Son livre est en effet une galerie de portraits souvent féroce, parfois plus tendre, mais dont l’acuité et, il faut le dire, la drôlerie font plaisir à lire.
Tableau d’une époque, très bien écrit (Ce qui n’est pas toujours le cas des « Livres Rock ») d’une grande sincérité, « Apathy for the devil » est une perle à lire, tant pour ceux que la musique passionne que pour les autres qui pourront y voir l’épopée d’un certain monde!

