CXXI- Ode à J.A Barbey D’Aurevilly, quatrième partie, le dandysme.
Le dandysme, évoqué par Barbey dans son essai « Du Dandysme et de George Brummel » et par bien d’autres, il est vrai que beaucoup d’auteurs de tout poil ont ont abordé ce sujet qui fascine: le culte de l’élégance teintée d’insolence, qui mène parfois à la déchéance, suivant celui qui fut le prototype du Dandy: George Bryan Brummel. Prototype, vraiment? Le concept d’une élégance qui utilise les codes de la haute société tout en se jouant de ceux-ci semble à en croire certains une création britannique apparue au début du XIXe siècle. C’est à la fois vrai et faux. Si le nom est bien anglais et date de ce que les anglais appellent l’époque Regency (Grosso modo la Restauration pour nous), le concept remonte en fait à la Renaissance en Italie, théorisé par Baldessar Castiglione dans son livre « Il libro del cortegiano/ Le livre du courtisan », sorte de guide des bonnes manières à l’usage du courtisan dont le but n’est pas seulement de se bien conduire en société mais de préserver sa liberté sans avoir l’air d’enfreindre les usages. Il n’y pas plus Dandy. Ses conseils portent également, évidemment, sur l’habillement. L’idée ici est celle de la « Sprezzatura », c’est à dire l’élégance qui ne se remarque pas, la décontraction sans affectation. Un concept qui a largement survécu à son auteur, et même à Brummel, puisque des figures de la fin du XXè siècle en furent des incarnations, tel l’industriel Giovanni Agneli.



Portrait de George IV, roi d’Angleterre de Galles, d’Irlande et d’Ecosse, ami et protecteur de George Brummel avant que celui-ci ne le trahisse.

Portrait de Brummel.
George Bryan Brummel (1778-1840) fut l’arbitre des élégances, de ses bottes à revers à ses cravates, de ses chapeaux à ses tabatières, l’homme était obsédé par son apparence. Ainsi que par la méchanceté, mais, contrairement à d’autres dont le fiel fut le lubrifiant du succès, sa mauvaise langue causa sa perte. Protégé du futur George IV d’Angleterre qu’il conseillait, il perdit l’amitié de ce dernier quant Georgie prit du poids. Cet imbécile ne trouva en effet rien de mieux à faire que de le surnommer « Big Ben » Cela lui valut de finir, seul, misérable, chauve et édenté.
Oui, vous avez bien lu: j’ai bien écrit « imbécile ». Brummel était creux comme une auge, vide comme la tête d’un électeur de Mélenchon, d’une bêtise tellement cosmique qu’elle découragerait le plus vaillant des astronomes. Pourquoi alors en parler? Parce que, le concept qu’il lança -un peu malgré lui- appartenait à une Europe qui portait les stigmates de la Révolution française, un temps ou l’Aristocratie et la transcendance étaient mises à mal par l’égalité et le déclin de la Noblesse. Devant cette déconfiture, il vint certains l’idée de fabriquer une noblesse qui n’était plus celle des armes ou du sang mais du tissu et de l’apparence. Ce fut en gros lors de ce temps que le terme « snob » fut inventé, dérivé du latin « Sine Nobile » (Qu’on hésite pas à me corriger, mon latin n’est pas très au point) c’est à dire sans noblesse. Autrement dit, les snobs n’étaient autres ( Ne sont autres) que ceux qui s’approprient les apparences de la noblesse sans en avoir l’origine, quitte à la parodier grossièrement. En un mot, le portrait craché de Brummel, simple bourgeois qui parvint à s’introduire – brièvement- au sommet dans un pays ou l’origine sociale compte pus que tout. Le matérialisme croissant du XIXè siècle (Qui atteignit son apogée avec la révolution industrielle initiée en…Angleterre) ne fut pas toutefois la seule raison de cet engouement, il y eut précisément en Angleterre comme précurseur un curieux mouvement à la fin du XVIIIè siècle: les Macaronis », jeunes gens efféminés aux extravagants chapeaux. Pour la petite histoire, le nom eut une postérité grâce à la chanson « Yankee doodle » qui se moquait des américains tentant de singer l’élégance britannique. Ironiquement, cette chanson devint….un classique de la chanson populaire américaine!

Stewart Granger en « Beau Brummel » (1954) de Curtis Bernahrdt, ici aux côtés de Elizabeth Taylor et de Peter Ustinov dans le rôle de George IV, à noter que ce dernier ressemble vraiment à l’original. Le fait est assez rare pour être signalé!

Toujours est-il que le Dandysme a survécu à son initiateur, utilisé, usé, il ne veut plus rien dire. Surtout en un temps ou les gens ne s’habillent plus mais se couvrent (Hugo Jacomet, au secours!) Néanmoins, en dépit de la vacuité de Brummel, il est permis de regretter le souci de l’élégance, nécessaire même s’il ne saurait se limiter à l’apparence.
S’il y a une leçon à en tirer, c’est celle-là. Le Dandysme au fil du temps ne se limita plus au simple domaine vestimentaire pour gagner le domaine intellectuel. On peut dire à ce propos que Barbey fut un pionnier en la matière, anticipant sur Oscar Wilde et bien d’autres.
En guise de conclusion, cette image du couturier Christian Dior, déguisé en Barbey lors d’une de ses réceptions.


