CXII- Rien qu’une fois….quand les écrivains sortent de leur genre….
Il arrive parfois qu’un écrivain décide de s’amuser un peu en déviant de son chemin habituel. Ainsi, deux auteurs aussi éloignés que possible.A ma droite Claude Seignolle, collecteur infatigable des contes et légendes de France. A ma gauche, Romain Gary, champion des lettres françaises, invité quasi-permanent d’émissions littéraires à faire pâlir d’envie Jean D ‘Ormesson lui-même (Le Figarooooo!) et membre d’une littérature dite « respectable » (J’aime beaucoup Romain Gary, ne vous méprenez pas!)
Cependant, en dépit de ces différences, les deux hommes ont en commun d’être des écrivains. Et d’avoir expérimenté.
Commençons sans plus tarder par Claude Seignolle, avec:
« Eloge de la nymphomanie » (1962)
Familier du fantastique, Claude Seignolle s’autorisa ici un détour par l’érotisme. « Eloge de la nymphomanie » relate sous une forme assez originale les aventures sexuelles de l’auteur. Ni roman, ni recueil de nouvelles, il se présente plutôt sous l’aspect d’un livre de souvenirs plutôt désopilant. En effet, Seignolle évoque surtout les pires moments de sa vie amoureuse. Entre la gardienne de dindons et la belle soviétique dont l’appartement communautaire rend impossible toute intimité (Ah le bon temps de l’URSS) sans oublier la virée catastrophique en voilier, cette partie de son existence semble avoir été jalonnée de désastres. Seignolle est donc loin de toute vantardise ou complaisance. Il montre un sens aigu de l’auto-dérision d’une cruauté parois surprenante. Au point qu’on lui souhaite d’avoir eu tout de même de meilleurs moments dans son lit.
« Eloge de la nymphomanie » ne s’écarte toutefois pas complètement des thèmes et des ambiances coutumières à l’auteur, la paysannerie y est présente, quant au fantastique, il repointe le bout de son nez lors d’un dénouement étonnant que je vous laisse découvrir, tant je recommande cette lecture.


Edition originale de 1962, interdite par la censure de l’époque. Le livre ne sera autorisé à la vente en 1970.

Changeons maintenant d’auteur et de registre avec Romain Gary qui s’aventura sur le terrain de l’espionnage avec:
« Les têtes de Stéphanie » (1974)
Il s’agit ici du récit d’une prise d’otages dans un avion dans un pays arabe et de la résolution de cette crise par les autorités compétentes. On trouve là une galerie de personnages plutôt déjantés, entre un ambassadeur jamais aussi à l’aise que dans le pétrin, un sud-africain converti à Mahomet, un espion portugais à favoris et l’héroine du titre, Stéphanie, américaine intrépide calquée sur la femme de Gary, l’actrice Jean Seberg.
Avec ses pirates de l’air et ses embrouilles mêlant CIA et autres barbouzes, le livre est bien de son temps mais il garde malgré tout une certaine actualité en pointant du doigt le danger islamique via l’inquiétant sud-africain devenu musulman.
Gary qui adorait les pseudonymes depuis le début de sa carrière (« L’homme à la colombe » qu’il signa « Fosco Sinibaldi) et monta une de plus fameuses supercheries littéraires du siècle passé avec « La vie devant soi » qui fut présenté par un homme de paille baptisé Emile Ajar, s’amuse avec sa propre identité, sa vie et le thriller d’espionnage sans pour autant se trahir. Le monde de la diplomatie ( Qu’il connaissait parfaitement pour avoir été ambassadeur), les préoccupations masculines et l’actualité brûlante étaient déjà présentes dans nombre de ses oeuvres.

En guise de conclusion: les écrivains qui se paient des excursions hors de leur territoires d’élection n’échappent pas eux-mêmes. Ils ne se réinventent qu’en apparence. Sans rien ôter du plaisir éprouvé à la lecture de leurs livres et donc sans altérer leur talent.
A bientôt!
