CVI- Lectures d’automne, suite!
Claude Seignolle, le conteur de Sologne.
Claude Seignolle (1917-2018) fut le conteur et le gardien des contes et légendes de France. Ce qui explique que nombre de ses récits, romans ou nouvelles se déroulent à la campagne. Solognote, en hommage à sa région, Bretonne, du Nord au Sud, la France des magies et des maléfices n’avaient pas de secrets pour ce diable d’homme, et ce d’autant moins, qu’il croyait à l’occulte. Et le pratiquait sans doute. Il eut par ailleurs une riche existence, marquée par de nombreux voyages dans notre pays ainsi qu’à l’étranger, la Guerre, la Résistance et la captivité en Allemagne, expérience qu’il relatera plus tard dans plusieurs de ses textes.
Sans plus tarder, voici une sélection des livres les représentatifs de cet auteur passionnant!
La Malvenue (1952) »La Malvenue » raconte l’histoire de Jeanne, la fille d’un fermier qui parce que née avec une étoile sur le front est suspectée par les paysans d’être une sorcière- ou pire. Le mauvais sort qui s’acharne sur le sort des habitants finit de convaincre ceux-ci du caractère maléfique de la jeune fille qui a en plus contre elle d’être belle et forcément de susciter la convoitise des mâles du coin. Tout cela évidemment s’achèvera tragiquement, mais chut!
S’il fallait résumer Seignolle par un seul livre, « La Malvenue » serait l’exemple idéal. Description de la vie paysanne ou se mêlent réalisme et magie, figure féminine inquiétante et envoûtante, violence et désirs latents, amours tragiques et – parfois- humour.
« La Malvenue » était seulement le troisième ouvrage de son auteur, il était déjà une somme!

« Delphine ou la nuit des Halles » (1959-1971)
« Delphine ou la nuit des Halles » est un recueiil de différents textes de différentes longueurs parus entre 1959 et 1971. L’édition la plus récente et la plus complète est celle réunie par Phébus dans la collection Libretto sous le simple titre de « La nuit des Halles »
Ce recueil, pour faire court, se distingue du reste des écrits de l’auteur en cela que s’il traite de légendes, il s’agit ici non de légendes paysannes, mais de légendes urbaines, pour employer un terme anachronique en regard de l’époque à laquelle ces textes ont été écrits. Néanmoins, il est approprié tant il prouve que les vieilles pierres de la capitale recèlent autant de mystères et de dangers que les bois et les champs de la campagne. C’est particulièrement vrai pour le plus long texte du recueil « La brume ne se lèvera plus » ou le brouillard cache un péril à la fois immatériel et pourtant mortel que nul ne parvient à percer, au sens propre comme au figuré. Le fantastique à son plus haut niveau!


« Les loups vert » (1970)
« Les loups verts » rassemble des nouvelles inspirées par les expériences de prisonnier de guerre de Seignolle qui ne relèvent pas vraiment du fantastique mais plutôt de l’insolite. Il ne s’éloigne en cela guère de la veine familière de l’écrivain qui sait faire ressortir l’étrange dans des situations banales. Il y parvient encore mais sans recours au surnaturel tout au long de ces récits souvent inquiétant, quelque fois cocasses, parfois terribles. En particulier celui qui clôt le volume « Masques et malfarces » qui se déroule dans un hôpital militaire. Rarement le terme « Horreurs de la Guerre » aura été aussi approprié, rarement un auteur aura su à ce point traduit les blessures qu’engendre tout conflit.

