Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers!

CI- Littérature militaire.

Aujourd’hui: Résistants, GI’s, SS et collabos. La Libération et l’Occupation autrement.

« Les paras perdus » De Jean Mabire (1987)

J’ai déjà évoqué Jean Mabire dans ces pages, connu pour ses nombreux ouvrages d’Histoire Militaire, et d’un dictionnaire de critique littéraire fort remarquable « Que lire? », il est également l’auteur de cet unique roman (Du moins à ma connaissance.) qui, nul ne s’en n’étonnera, met en scène des soldats. Plus précisément une section de parachutistes américains largué lors du Débarquement en Normandie puis égarée suite à la mort de leur officier.

La particularité des soldats qui composent cette unité est que tous sont des américains de fraîche date et sont d’origine diverses – Italienne, française, irlandaise, ou encore allemande comme c’est le cas du sergent. Ce détail a toute son importance dans ce récit qui confronte ces hommes du « Nouveau Monde » à celui de l’Ancien, de l’Europe et de la France incarné ici par un vieil aristocrate excentrique et sa fille.

Le livre est riche de références, ce qui en fait ainsi que l’indique la quatrième de couverture, un mélange entre Samuel Fuller et Barbey D’Aurevilly. D’ailleurs le commandant allemand affecté au village a « L’ensorcelée » sur sa table de chevet, roman fantastique du grand écrivain normand, genre vers lequel « Les paras perdus » lorgne parfois en évoquant les légendes de la région commune à Barbey et Mabire: la Normandie.

Réflexion sur l’Histoire, la nationalité et la Civilisation, « Les paras perdus » est également un roman de guerre et d’action ou l’auteur jongle avec ces différentes composantes sans en négliger aucune. On y retrouve les préoccupations présentes dans les ouvrages historiques de Mabire qui réussit ici le passage d’historien à celui de romancier et donne à regretter qu’il n’ait pas davantage poursuivi dans cette voie.

Allez, une petite citation avant de partir – sans trop dévoiler le roman, bien entendu- « On commence par un concours hippique et on finit par vouloir conquérir le monde! » (A dire avec l’accent allemand)

A lire. Allez ausuivant!

Louis Guilloux (1899-1980) est surtout connu pour sa fresque sociale et quelque peu sarcastique « Le sang noir » Dans ce volume qui réunit deux textes courts ( Longues nouvelles ou courts romans, c’est selon) l’auteur s’attaque à la guerre suivant deux perspectives différentes. Dans « Salido », il narre l’histoire pathétique d’un réfugié espagnol au début de la Deuxième Guerre Mondiale, symbole de ces êtres sans importance balayés par le vent de l’Histoire. Dans « O.K Joe », Guilloux décrit un autre destin tragique d’un autre anonyme, en l’espèce un G.I noir américain qui se retrouvera pendu suite à une accusation de viol.

Dans chaque cas, l’écrivain reste sobre dans le portrait qu’il brosse de situations atroces, générées en marge de la Guerre mais générées par la Guerre. Et c’est justement par cette économie de moyens que ces histoires émeuvent.

A lire.

« O.K Joe » De Louis Guilloux (1976)

« Le goût du sang » De André Héléna (1953)

Encore une fois j’aborde le même auteur pour la seconde fois, en l’occurrence André Héléna, auteur du cycle « Les compagnons du destin » auquel appartient justement le présent ouvrage « Le goût du sang ». Après les GIs de Mabire et Guilloux, voici la résistance selon le peintre du Milieu.

Comme il fallait s’y attendre, Héléna s’attaque à l’Occupation sous l’angle criminel par le truchement d’un jeune bourgeois fils de magistrat, laid et complexé qui trouve une importance en exécutant des « contrats » pour un caid local engagé dans la Résistance. Sorte de « Lacombe Lucien » inversé (Yves Boisset dans sa postface dans la réédition de 1988 chez Fanval Noir s’y réfère) mais tout aussi tragique, « Le goût du sang » fait mal. Comment pourrait-il en être autrement avec ce récit d’un garçon qui tente en usant des pires moyens d’arracher un destin que la Vie lui refuse?

A lire. Mais uniquement les jours de moral au beau fixe.

« Un homme en harmonie » De Frédéric Fajardie (1990)

Frédéric Fajardie (1947-2008) de son vrai nom Ronald Moreau, fut l’auteur de nombreux romans noirs, ce qui ne l’empêcha pas de aire quelques incursions dans la littérature générale, notamment avec « Un homme en harmonie » portrait du colonel Leroy-Clémenti, chef résistant héroique confronté à un dilemme suite à son arrestation et aux tortures de la Police Allemande. Doit-il livrer un stock d’armes et préserver la vie de ses hommes ou au contraire livrer ses hommes?

Curieux livre qui, s’il a le mérite de présenter un militaire communiste (Il y en avait) et de lever le voile sur les contradictions de la Résistance, il manque de souffle et de finesse.

Intéressant néanmoins. A lire éventuellement.


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