Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers!

LCIX- Un pas plus! Nazisme et science fiction.

Le Nazisme, vaste sujet qui a suscité l’intérêt de beaucoup et notamment des écrivains, qu’ils soient considérés comme « sérieux » ou non, c’est à dire relevant de la littérature de genre, telle la science fiction. Il est vrai que le Nazisme tant par sa réalité que par les fantasmes qu’il a engendré constitue une source d’inspiration sinon inépuisable, en tous cas très riche. Aussi allait-il presque de soi que les littératures de l’imaginaire s’intéressent à ce thème, de diverses manières, parfois très discutables.

Voici trois livres, et à travers eux, trois manières de traiter un même sujet.

« La vie, la mort et la résurrection de Socrate-Marie Gripotard » (1968) de Pierre Gripari.

Pierre Gripari (1925-1990) est surtout connu du grand public – et des programmes scolaires- pour ses contes pour enfants avec « Les contes de la rue Broca », pourtant ces contes charmants qui renouvelèrent le contes de Fées sans pour autant faire école, ne doivent pas éclipser le reste de son oeuvre passionnant à bien des égards. Il en va ainsi du livre qui nous intéresse, lequel démarre dans un futur lointain ou la religion a pour figure centrale une improbable divinité le grand Papaou. Inspirée par le Bouddhisme et le Christianisme, ce culte a en commun avec ce dernier une sorte de trinité dont le Christ – le fils autrement dit- est le Gripotard du titre, enfant naturel né à la fin de la Première guerre mondiale appelé à connaître un étrange destin qui se développera depuis l’Entre-deux guerres et 1945. Bon, vous l’aurez sans doute deviné, avec tout ça Hitler n’est pas loin. Si telle est votre réflexion, vous ne croyez pas si bien dire car Adolf apparaît dès le début du récit, ancien combattant français et juif qui plus est, décidé à se faire allemand! Et qui n’est autre que le père de Gripotard.

Ce détail, en dépit de son importance, ne doit pas induire en erreur sur la nature réelle du roman. Celui-ci ne relève pas vraiment de l’uchronie mais d’une variation sur l’histoire et de l’idée que chacun peut en avoir. C’est également pour l’auteur un moyen, au travers de la fantaisie parfois débridée et de l’humour, un moyen d’exprimer sa haine des totalitarismes, tant Nazi que Soviétique, et de remettre en cause certaines opinions communément admises sur l’histoire.

Il faut de surcroît noter l’habileté de Gripari à mêler harmonieusement le réel et l’imaginaire, personnages historiques et fictifs, tragique et cocasserie, sérieux et humour, légereté et profondeur. Extra-terrestres et vampires, politique et histoire se mélangent ici sans jamais aboutir à un Kouglof indigeste et ridicule.

A ‘re)découvrir!

Paul Van Herck (1938-1989) était un écrivain de science fiction belge de langue flamande, auteur de plusieurs romans dont « Caroline, oh Caroline » (1976) amusante uchronie ou Napoléon a vaincu l’Angleterre et ou émerge un petit moustachu qui, loin de vouer un culte aux grands blonds aux yeux bleus, se fait au contraire le champion des minorités (Un vrai woke ce Adolf!) noires et amérindiennes en tête (Voir la magnifique coiffure de chef indien et le non moins seyant os dans le nez de la couverture ci-dessous!) Sans vouloir en dire plus, tout rentrera dans l’ordre, heureusement. Ou pas.

Amusant, léger avec les défauts de ses qualités, un certain manque de consistance. Reste un moment de lecture pas indispensable, mais agréable.

« Rêve de fer/The iron dream » (1972) de Norman Spinrad (1940)

Là encore on est dans le registre de l’uchronie ou Hitler migre à la fin de la Première guerre mondiale aux USA ou il devient après des années de bohème un auteur de science fiction et ce tandis que le communisme ravage le monde. Mais l’astuce de ce livre est d’être en fait un faux roman écrit par Hitler « Le seigneur du Swatiska » qui retrace -assez grossièrement- l’ascension et la chute du Fuhrer dans un contexte post-apocalyptique ou l’humanité est divisée entre des mutants et des hommes préservés les « Purhommes » sous la tyrannie des Doms qui veulent asservir à jamais l’humanité demeurée pure. Le livre se conclut par une postface rédigée par un universitaire éminent qui pointe du doigt le culte à son avis suspect de l’homme fort.

Dénonciation du Nazisme mais aussi parodie et mise en lumière des aspects fascisants ( Ou soit-disant tels) de la science fiction populaire,  » Rêve de fer » use de procédés faciles et du folklore de l’époque de sa rédaction (Le début des années 70) à savoir, gangs de motards, résurgence du Nazisme via certains groupuscule ( Ironiquement, Mathias Koel, chef de l’un d’entre eux adora le livre) ou encore fétichisme du cuir.

Pourquoi faciles? Parce que Spinrad ne s’est pas foulé en transposant l’histoire d’Hitler dans un monde de science fiction, ensuite, il n’est pas très clair en évoquant ce monde ou Hitler était un auteur de science fiction dominé par les soviétiques. En effet, les rouges sont-ils le mal? Pour Spinrad, le remède serait pire que la mal, toute opposition à l’ogre popov ne pourrait que virer au Nazisme ou quelque chose d’équivalent. Et s’il n’a pas tort de signaler que les régimes dits démocratiques ne sont pas dispensés de commettre des fautes, cela ne les met pas sur le même plan que les dictatures.

Mais comment s’en étonner, en regard de l’oeuvre de cet auteur, grand gauchiste devant l’éternel, détestant son pays comme il se doit, féru de préoccupations sociales et d’une mauvaise foi olympique?

Bon, ça suffit pour aujourd’hui!


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