Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers!

XXXIII- Monsieur Gainsbourg et le cinéma Noir.

Afin d’introduire cet article, je tiens à rappeler le titre de ce blog »France rétro polar » Aussi, même s’il m’arrive de faire des détours par l’étranger (Aimer son pays n’interdit pas d’aimer les autres.) mon propos est d’abord centré sur la culture de notre nation. Dans ses marges, certes mais tout de même.

Aujourd’hui, j’ai décidé de consacrer un article à une figure de la culture française: Serge Gainsbourg. Ce géant de la chanson, tout le monde le sait, eut beaucoup à voir avec le cinéma, principalement pour des raisons financières. C’est dire que la qualité des films était à tout le moins discutable, entre péplums en fin de course et comédies à la ramasse, la carrière du beau Serge se trimbale une réputation peu flatteuse. Mais à demi méritée.

Pourquoi?

N’en déplaise à la critique, tout ne fut pas mauvais dans les aventures de Gainsbourg sur grand écran. Pas toujours abouti, souvent étrange, parfois réussi et très intéressant.

Je vais me concentrer sur les polars (ou assimilés) dans lesquels tourna Gainsbourg. Par ordre chronologique, commençons par le commencement! Et en l’espèce, le moins bon!

« L’inconnue de Hong Kong » (1963) de Jacques Poitrenaud amène notre Serge en Asie et en artiste de cabaret aux côtés de Dalida, laquelle est au centre d’une sombre histoire de vols et de trafics au milieu des pagodes et des sampans (Il ne faut pas prendre les sampans du pont Thieu pour des canots de sauvetage, c’est bien connu!) Peu à dire de cette bande assez banale nonobstant le décor et qui aurait sûrement été oubliée s’il n’avait réuni sur son affiche deux grandes vedettes de la variétés – pas encore des légendes.

Au suivant

« Estouffade à la Caraibe »de Jacques Besnard appartient quant à lui au juteux filon de l’Espionite suscité par le succès des James Bond. Frederick Stafford y joue un agent secret top moumoute qui se ballade aux Antilles et tout ce qui s’ensuit. Je m’attarde un peu sur cet acteur australien qualifié à raison de Sean Connery du pauvre, spécialiste des rôles d’aventuriers ou d’espions (Des OSS 117 à son actif) qui tourna tout de même avec Hitchcock dasn « Létau/ Topaz » (1969)…en remplacement de…Sean Connery. Copie carbone tu es, copie carbone tu resteras.

Et Serge dans tout ça? Il sert la soupe au héros en ponctuant chacun de ses exploits par « Morgan, c’est le plus fort! »

Au suivant!

Avec « L’inconnu de Shandigor » (1967) de Jean Louis Roy, co-produit avec la Suisse, on est à un niveau bien supérieur. A première vue pourtant, l’objet semble un énième sous-produit de l’Espionite (Que les cinéphiles nommeront plus tard l’Eurospy) tant cette histoire de savant poursuivi par des agents de tout bords parce qu’il détient une formule super top moumoute sent le réchauffé. Néanmoins, dès les premières images, on se rend compte qu’il n’en n’est rien avec le ton surréaliste, absurde et très inventif immédiatement posé. Galerie de personnages délirants, à commencer par le premier d’entre eux le savant joué par Daniel Emilfork, mégalomane, tyrannique et….très drôle.

Autour de ce dernier s’agitent des agents excentriques incarnés par une brochette de seconds rôles savoureux, Jacques Dufhilo, Howard Vernon et….Serge Gainsbourg, à la tête d’un commando de chauves experts en déguisement.

Poétique, bouffon et intelligent « ‘L’inconnu de Shandigor » cache en outre un secret contenu dans son titre. Lequel? Allez voir le film les amis!

Pour finir, ajoutons que Gainsbourg signe également la musique du film.

Au suivant!

« Les chemins de Katmandou » (1969) de André Cayatte, récit d’un amour des années hippie gâché par la drogue porte la marque de ses auteurs, Cayatte à la réalisation, plus avocat en plaidoirie que jamais et René Barjavel au scénario, toujours aussi moraliste – ce qui n’est pas un reproche. Accompagné par Jane Birkin juste après « Slogan » ou le couple fit sa première apparition à l’écran, Gainsbourg y joue un salopard à moustache ( la seule fois ou il en porte une) et signe une nouvelle fois la musique (Laquelle ne fut retrouvée que très récemment)

Quant au film lui-même, il est très ancré dans son époque et forcément daté, ce la dit il a le mérite en dépit (ou peut-être à cause) de ses maladresses de dire la vérité sur la drogue en général et dans le contexte post-soixante-huitard en particulier: la fin de la route, l’aboutissement des « Chemins de Katmandou » c’était bien souvent la déchéance et la mort;

Au suivant!

« Cannabis » (1970) de Pierre Koralnik se rapproche du polar classique avec un habillage des années 70 débutantes, rapport à l’esthétique psychédélique du film. Histoire d’un tueur à gages (Gainsbourg) qui tombe amoureux de sa cible (Jane Birkin) n’a rien de neuf en soi, mais une atmosphère mélancolique entretenue par une très belle photographie et un sens du fatalisme le rendent plus attachant que certains autres polars du même acabit.

Conclusion: Gainsbourg au cours de ses multiples carrières fut l’objet d’un certain dédain quant à ses performances d’acteurs et à la qualité des films auxquels il participa, parfois à raison.

Considérant l’échantillon que je viens d’exposer dans cet article, on se rend compte que le bilan peut être nuancé. Si toutes les productions citées ici ne sont pas des chefs d’oeuvres ou même des oeuvres de qualité, elles présentent des caractéristiques qui les rendent intéressantes, amusantes ou étranges et font que pour certaines d’entre elles, elles méritent le détour.

Pour un artiste dont le métier n’était pas celui d’acteur, ce n’est pas si mal…


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