Alexandre Léger auteur rétro

Tout l’univers!

XXVIII- Quand les anglos coiffent le béret basque, septième partie.

Patrick Dewaere et l’écrivain Georges Perec sur le tournage de « Série noire » (1979) de Alain Corneau, d’après « A Hell of a woman/ Des cliques et des cloaques » de Jim Thompson.

Impossible de ne pas évoquer dans ce dossier Jim Thompson, ce texan qui fut comme un autre américain fameux, David Goodis, un mercenaire de l’Underwood. Son oeuvre est en effet énorme comme celle de l’homme de Philadelphie. Mais, à la différence de ce dernier, il fait preuve de beaucoup moins d’empathie pour ses créatures et injecte dans nombre de ses récits une bonne dose d’humour noir. Policiers douteux, lâches ou psychopathes, escrocs à la petite semaine, gens ordinaires qui basculent dans le crime parce que dégoûtés de leur quotidien médiocre, quant il n’est pas carrément sordide. Voilà donc le monde Jim Thompson qui ne manqua pas d’intéresser le cinéma non seulement dans son propre pays mais aussi chez nous, en France.

Il existe à ma connaissance deux versions filmées d’oeuvres de Thompson en France: « Série noire » (1979) de Alain Corneau et « Coup de torchon » (1981) de Bertrand Tavernier.

 » Série noire » est l’adaptation de « Des cliques et des cloaques/ A Hell of a woman » l’histoire de Frank Dolly (Franck Poupart, dans le film) minable représentant de commerce qui officie dans un quartier miteux et qui croit trouver le salut et l’amour dans la personne d’une très jeune fille prostituée par sa tante, accessoirement cliente de Dolly. Tout cela sera le point de départ d’un drame ou se mêleront cupidité, bêtise, sexe sordide et folie. Car le personnage de VRP joué par Patrick Dewaere est bel et bien fou. Le ton est donné dès le générique ou on voit le « Héros » esquisser un Tango sur un terrain vague. Cet homme est déjà ailleurs.

Fidèle au roman, nonobstant la transposition en banlieue parisienne le changement de fin et la curieuse scène des Hell’s Angels, le film inspire un malaise qui devait être partagé sur le plateau, sinon porter malheur.

Georges Perec, mourut en effet d’un cancer deux ans plus tard, Dewaere se suicida en 1982, Marie Trintignant périt sous les coups de Bertrand Cantat en 2003, quant à Corneau, il décédé d’un cancer. Sans parler de Myriam Boyer qui finit obèse. Il y a quand même un problème.

« Coup de torchon » (1981) de Bertrand Tavernier s’inspire de « 1275 âmes/ Pop 1280 » et relate la vengeance d’un policier humilié par toute la communauté ( sudistes un brin dégénérés dans le livre, colons français dans un petit village de l’Afrique coloniale française des années 30 dans le film)

Grinçant, mais un poil maladroit, car les colonies africaines de la France, ce n’était pas le sud des USA, en dépit du racisme ambiant. La France voulait faire part de ses lumières aux autres, les américains du Sud voulaient maintenir les noirs dans un état d’infériorité. Ceci posé, le film ne manque pas de qualités en dépit de son ton gauchiste, grâce aux performances de Noiret Huppert, Audran, Marielle et Eddy Mitchell, remarquable en simplet consanguin.


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