XXVIII- Quand les anglos coiffent le béret basque, sixième partie.

Patricia Highsmith, fut un autre auteur (Ne comptez pas sur moi pour « Autrice » ou « Auteur-e » pas d’écriture inclusive chez moi, c’est moi le blogueur qu’on vous a causé) très aimée des cinéastes (Hitchcock, Wenders) et notamment français, tels Claude Miller et…René Clément! (Encore lui!)
Commençons par le commencement avec ce qui fut probablement la première adaptation cinématographique française de Highsmith « Plein soleil » (1960) de René Clément, inspiré par le premier tome de la saga Tom Ripley, l’arriviste sans scrupules, « Monsieur Ripley/The talented mister Ripley » (1955) qui connaîtra une seconde vie à l’écran bien des années plus tard par Anthony Minghella avec dans le rôle titre Matt Damon, mais ce n’est pas le sujet.
L’histoire est celle de Tom Ripley, jeune homme pauvre mais plein de ressources et surtout sociopathe et, bientôt, homicide. Chargé de ramener aux USA son ami Philip Greenleaf qui fait la foire en Italie pour le compte du père milliardaire de ce dernier, Tom décide de tuer le gosse de riche afin de se substituer à lui.
L’adaptation est ici fidèle mais non servile, en cela qu’elle magnifie le sujet en jouant fort intelligemment du costume. La scène ou Greenleaf (Maurice Ronet) surprend Ripley (Alain Delon) dans son splendide blazer rayé (qui traumatisa la jeunesse anglaise, au point de devenir l’uniforme des « Mods », ces garçons qui se rêvaient Delon et se réveillèrent Playmobils) est à ce titre l’acmé du fond qui rejoint la forme. L’appropriation du vêtement est déjà celle de l’identité, et la revanche de Ripley le pauvre contre Greenleaf le riche qui n’a jamais eu à se battre pour obtenir ce qu’il voulait. Ce qui ne justifie évidemment ne justifie pas l’acte de Tom.
Récit criminel autant que portrait d’un obsédé, « Plein soleil » est la preuve que l’esthétique et la profondeur peuvent se fondre. A condition d’avoir du talent.

» Dites lui que je l’aime » (1977) d’après « Ce mal étrange/ The sweet sickness » (1960) réalisé par Claude Miller est tout aussi réussi mais fort différent. Pas de chaleur ni de lumière, pas de Riviera, ni de rues italiennes , pas d’élégance ni de glamour comme dans le film de Clément. Ici, le récit se déroule dans une France ordinaire et hivernale, chez des cadres plus ou moins supérieurs, bref des gens ordinaires. Cela dit, les deux récits ont en commun un héros obsédé, à cela près que le David Fergus (joué de façon hallucinante par Gérard Depardieu) de « Dites lui que je l’aime » est certes avide de revanche sociale (enfant pauvre et orphelin) mais le véritable objet de son obsession c’est l’amour maladif et impossible qu’il porte à une certaine Lise qu’il continue de poursuivre de ses assiduités en dépit des refus répétés de sa « Bien aimée ». Bien entendu, cela va mal finir. Car contrairement à Ripley qui, pour être un obsédé, demeure rationnel dans ce qu’il faut appeler ses saloperies, Fergus, lui, perd tout bonnement la raison.
L’une des forces du film est de confronter Fergus à ses collègues, la jeune femme interprétée par Miou Miou et le grossier personnage un rien beauf joué par Christian Clavier. Ce triangle donne lieu à un des moments forts du film ou Miou Miou met pratiquement sur un même plan le macho sans finesse et l’obsédé amoureux et supposément asexué Fergus dans leur mépris des femmes. Je laisse à chacun interpréter à sa guise cette manière de voir du personnage. Cependant, l’absence de réponse de Fergus – de vraie réponse, il réplique tout de même à Miou Miou: » La morve et le caca ne m’intéresse pas! » – est finalement révélatrice. Le mystère de son comportement. Et c’est là le point fort du film: dans ce qu’il ne dit pas.
Du strict point de vue de l’adaptation, à la différence de Clément assez fidèle à l’auteur dans « Plein soleil », Miller a pris plus de libertés avec « Dites lui que je l’aime », en retirant une bonne part de l’argument policier, heureuse idée en cela qu’elle resserre le récit autour du sujet.
A suivre…
