XXVI- Quand les anglos coiffent le béret basque, troisième partie.

« La Lune dans le caniveau » (1983) de Jean Jacques Beineix adapté du roman éponyme de Goodis – l’un des plus beaux, romance déchirante entre un prolo des bas quartiers et une femme de la Haute réunis par une sombre affaire de meurtre non résolu- reçut un accueil public et surtout critique désastreux dès sa présentation au festival de Cannes. Beineix prenait une douche froide après le succès aussi énorme qu’inattendu de « Diva » (1981), à croire que les critiques l’attendaient au tournant, furieux d’avoir adoubé un débutant si vite.
Mais qu’en est-il du film lui-même? A la vérité, je ne l’ai vu que bien après sa sortie, sans à priori car débarrassé de l’influence des polémiques qui entourèrent le film à sa sortie.

Alors? Eh bien, Beineix a adopté une démarche qui pourrait se situer entre celle de Truffaut et celle de Clément. Adaptation fidèle mais très stylisée du livre, il dégage une réelle émotion de par son esthétique qui lui fut tant reprochée. De son époque sans toutefois être trop daté, il permet de retrouver aux côtés de Depardieu et de la star d’alors Nastassja Kinski, Vittorio Mezzogiorno et Dominique Pinon, une des dernières » gueules » du cinéma français. Au final, une adaptation sobre en dépit des commentaires désobligeants à son encontre et qu tient une place à part dans la filmographie de Beineix, ou il retient ses effets. Et c’est heureux.

Avec « Rue barbare » (1984) de Gilles Béhat, on entre dans du lourd. Je veux dire du lourd. Là ou Truffaut, Clément ou Beineix usaient avec raison ou inventivité de l’univers de l’auteur, Gilles Béhat (béat?) lui, met les pieds dans le plat. Tueur sadique et impuissant (Jean Pierre Sentier) victime prostituée exotique, parrain de banlieue à queue de cheval (Bernard Pierre Donnadieu) Rocker sur le retour (Jean Pierre Kalfon, tous les Jean Pierre se sont donné rendez-vous dans le coin?) musique de Nanard Lavilliers, RIEN ne nous est épargné! Et Bernard Giraudeau, perdu sur ce radeau de la Méduse, qui en bon marin fait ce qu’il peut. Comme son personnage, habitant d’un quartier pourri qui a fuit son passé de délinquant avant d’être rattrapé par celui-ci parce qu’il sauve une petite esclave du caid local, lequel fut son ami. Si Goodis savait exposer la noirceur sans excès et avec une réelle humanité, Béhat y va à la truelle, sans conscience aucune de la dose à ne pas dépasser sous peine de ridicule.
Passe encore que « Rue barbare » soit lourd et caricatural, mais il est prétentieux, et ça c’est pire que tout. A peine haut niveau de polars bis comme on en faisait encore chez nous dans les années 1980, il se pique d’ambitions artistiques dont il n’a pas les moyens. Mieux vaut revoir « L’arbalète » (1984) de Sergio Gobbi qui ne sort jamais de sa condition de divertissement bon marché. Or, Béhat se la donnait, ce qui lui permit de faire illusion jusqu’à obtenir un budget conséquent avec le piteux « Les longs manteaux » (1987) Puis ce fut la dégringolade prévisible autant que méritée de « Dancing machine » qui ridiculise Alain Delon, malgré son beau costume à mi-chemin entre la polka des cosaques et le Comte Dracula au Macumba club.

» Descente aux enfers » (1986) de Francis Girod, inspiré par « The wounded and the slain », eh bien n’ayant ni vu le film, ni lu le livre, je ne le cite que pour aussi complet que possible.
