XXVI- Quand les anglos coiffent le béret basque, ou quand les français s’emparent de sujets anglo-américains, première partie.

En France dans certains milieux intellectuels, il est de bon ton de dénigrer l’Amérique, l’accusant entre autres de sottise congénitale et de pillage de l’Europe. Sans entre dans un débat qui serait déplacé ici, il me semble bon de rappeler que, pour ce qui concerne nos deux pays la France et les USA, ils sont complémentaires, nous racontons ce que l’autre ne peut raconter. Toutefois, et c’est la démonstration que je vais tenter dans mon pensum, il arrive que les deux nations se rejoignent. Si nombre de sujets français ou européens ont inspiré le cinéma américain, la réciproque a été tout aussi vraie.
En effet, plusieurs auteurs américains ou anglais ( on connaît mon anglophilie galopante) ont inspiré les cinéastes français, avec plus ou moins de bonheur, et parfois de manière surprenante.
Commençons par le commencement, par un auteur fort prisé par chez nous: David Goodis!

» Tirez sur le pianiste » (1960) de François Truffaut marqua le début de ce qu’il convient d’appeler l’histoire d’amour entre les français et le natif de Philadelphie. Assez fidèle au roman (un fils de famille déchu qui joue du piano dans un bar louche et se trouve mêlé aux combines de truands minables) Truffaut y ajoute toute fois sa touche personnelle en centrant largement le récit sur les relations hommes/femmes, thématique déjà présente dans le roman. Toutefois, Truffaut appuie sur ce point qui a du le séduire particulièrement sans comprendre que les rapports entre les deux sexes sont très différents des deux côtés de l’Atlantique, caractérisés chez les américains par la concurrence, ce qui n’est guère propice à l’apaisement. Goodis ressemble en cela à un autre auteur très prisé en France, Jim Thompson. « Série noire »(1979) de Alain Corneau inspiré par « Des cliques et des cloaques/ A Hell of a woman » traitait du même thème, sous un angle tout autre, mais il prouve sa récurrence dans le roman noir américain. A ce propos, je tiens à remercier Alexandre Clément qui a soulevé la question dans sa chronique consacrée à « Série noire » sur son blog.
Ceci mis à part, Truffaut ne semble guère à l’aise avec l’argument policier, heureusement, il reste les acteurs Charles Aznavour et Marie Dubois (et tous les autres) qui rendent le brouet fadasse de Truffaut.
