XXV- Les reines du nu européen, troisième partie.

1974 sera l’année de la décadence, des arts martiaux et du retour en force dans les hit-parades d’Eddy Mitchell mais aussi celle du porno libéralisé par tonton Giscard nouvellement élu ( et qui en profitera l’année suivante pour tondre les producteurs de X). Toujours est-il que le phénomène a suffisamment d’ampleur pour que la presse – en particulier Paris Match- parle de « France porno »! Monseigneur Marty dont la diction et les propos endormirent tant de journalistes dira « La pornographie avilit l’amour », même « Le crapouillot » (excellent journal au demeurant) s’en mêlera. On le voit le sujet provoque de nombreuses et vives réactions allant du dégoût à l’enthousiasme en passant par le rire, bref il passionne.
Durant une période qui ne durera qu’un an, c’est à dire jusqu’au vote de la loi X (grâce à tonton Giscard, encore lui!) le sexe représenté crûment à l’écran suscite dans la société mais aussi bien évidemment dans le métier de nombreuses interrogations. De nouvelles possibilités sont offertes mais qu’en faire, au-delà des perspectives de profit ouvertes par des organes apparents?
Le producteur Lucien Hustaix (qui détestait le genre soit dit en passant) va en profiter pour ramasser la monnaie avec « Les jouisseuses » et leurs avatars, Benazeraf, lui va enfoncer le clou, et créer une des premières porno stars Françaises: Sylvia Bourdon qui apparaît dans « La soubrette perverse » (1974) Le cinéaste avant-gardiste Paul Vecchiali, auteur de « L’italien des roses » (1972) donnera l’étonnant essai « Change pas de main » (1975) mélange de sexe, de polar et de politique (gauchiste suivant l’air du temps)
Sylvia Bourdon.


Sylvia Bourdon, multi-diplômée qui participera après sa vie dans le porno à l’élaboration de la monnaie européenne ( qui devait encore s’appeler l’écu, ce n’est pas une blague!) écrira son autobiographie puis fera sensation aux « Dossiers de l’écran » consacré au cinéma X.

« Adolescence pervertie » (1973) de Beazeraf, contenait déjà des gros plans hard.

Frédéric Lansac (de son vrai nom Claude Mulot) réalisera quant à lui « Le sexe qui parle » (1975) ou se mêlent comique et fantaisie.

Béatrice Harnois dans « Le sexe qui parle »
Outre le cinéma d’auteur ou les réalisateurs venus du second rayon, le cinéma traditionnel s’intéresse au phénomène. Ainsi quelques noms connus tels Claude Chabrol ou Claude Bernard Aubert verseront dans le genre, Bertrand Blier engagera Claudine Beccarie – l’autre icône du porno avec Sylvia Bourdon- pour un petit rôle dans « Calmos » (1975)

Claudine Beccarie.


Claudine Beccarie en position devant Jean Pierre Marielle dans « Calmos »
Le maître du fantastique français, le seul a avoir vraiment fait carrière dans le genre, Jean Rollin, qui pimentait d’une forte dose de nudité ses films, s’essaiera au porno – principalement pour des raisons alimentaires- notamment avec « Phantasmes pornographiques » (1975) l’un de ses nombreux films de vampires « Lèvres de sang » (1975) aura même droit à une version hard.
Certes, tut cela est bel et bon mais cela ne dure pas. La fameuse loi X de 1975 freinera les aspirations artistiques (sans pour autant les arrêter complètement) et poussera la pornographie dans les retranchements des salles spécialisées. Claudine Beccarie mettra un terme à sa carrière peu après,, qu’elle s’empressera de dénigrer. Toutefois, elle ne le fera pas sans un baroud d’honneur via le documentaire « Exhibition » (1975) de Jean François Davy ou elle expose (ainsi que le titre l’indique) son passé: fugue du domicile familial, maison de correction, prostitution puis actrice X d’abord en Hollande puis en France.

Qu’importe, elle aura ouvert la voie aux autres, Brigitte, Marilyn ou Olinka.
La suite dans le prochain épisode des reines du nu européen!
