XXIII- Auteurs, auteur, des plumes qui m’ont influencé…
Gaston Leroux, quatrième partie.

Avant d’aborder la question de Gaston Leroux et l’histoire, je voudrais clore le chapitre de Gaston Leroux et le fantastique sur une créature un peu moins connue du bestiaire de l’auteur: Balaoo, le singe qui parle. Assistant d’un savant qui s’installe en cambrousse (hantée par une bande d’apaches locaux, sans lesquels ce ne serait pas un roman de Leroux) et qui le fait passer pour un indigène asiatique ( reflet du racisme de l’époque?) Balaoo se retrouve évidemment aux prises avec les autorités et plus généralement la société humaine (quoique la société animale représentée par un perroquet ne vaut pas forcément mieux), miné – eh oui, une fois de plus- par la ‘amour qu’il porte à la belle Hélène.
Moins cruel, plus réfléchi que les autres bannis tragiques de l’oeuvre de Leroux, Balaoo se distingue également par sa poésie, par la présence d’un petit texte dans lequel Balaoo, dans un style candide, crie son déchirement et son amour rendu impossible par sa condition et, encore une fois, sa laideur.
Il renvoie de surcroît à cet engouement pour les singes fréquent dans la littérature populaire de la Belle-époque, dans « Tarzan » bien entendu, « Le livre de la jungle » et pour revenir en France « Ouah, roi des singes » ou « Nora la guenon devenue femme » de Félicien Champsaur.
Et Gaston Leroux et l’histoire?
Elle est très présente chez lui et à ce titre, ces romans sont des témoignages sur son époque et, pour certains, des anticipations. C’est particulièrement vrai dans la série « Rouletabille » dont quelques titres sont éloquents « Rouletabille chez le Tsar » « Rouletabille chez Krupp ». ( Sans compter le reportage très clairvoyant de Leroux sur « L’agonie de la Russie blanche) et plus particulièrement le diptyque formé par « Le château noir » et « Les étranges noces de Rouletabille »


Donc le diptyque formé par « Le château noir » et « Les étranges noces de Rouletabille » suit le célèbre reporter sur les traces d’une jeune bulgare dont il est amoureux et qui a eu la déveine d’être enlevée. L’action se passe dans les Balkans en 1912. Sachant que deux ans plus tard, le premier grand conflit mondial qui éclatera tire sa source des embrouilles territoriales des Balkans, le livre de Leroux était prophétique par on analyse plus que pertinente des tensions ethniques et nationales au sein de l’empire Austro-Hongrois qui périrait avec la guerre. A ce propos, il y eut un auteur qui se montra encore plus visionnaire sur le même sujet: Jules Verne avec « Le château des Carpathes » rédigé en…1892.

Dans « La reine du Sabbat », Leroux va plus loin dans sa démarche puisqu’il n’utilise plus le filtre d’un personnage récurrent comme Rouletabille pour nous introduire dans un univers inconnu, il nous y plonge directement. Mais dans quoi? Dans la maison impériale du royaume imaginaire d’Austrasie. Cette dernière est victime d’une vengeance incarnée par la reine du Sabbat du titre.
Complexe, épique, délirant. Un grand livre en même temps que la preuve que les écrivains dits « populaires » se montrent parfois plus clairvoyants que les auteurs sérieux. Comme Stefan Zweig à qui l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand ne faisait ni chaud ni froid.
A suivre…
