XXIII- Auteurs, auteur, des plumes qui m’ont influencé…
Gaston Leroux, le maître du mystère, de l’humour et de l’imaginaire…

« Rouletabille », « Chéri-Bibi » ou « Le fantôme de l’opéra » autant de personnages et d’oeuvres que tout le monde connait ou devrait connaitre, qui font partie intégrante de la littérature de l’imaginaire français. Comme il convient de lui rendre hommage, j’ai décidé de vous emmener aujourd’hui en voyage chez ce géant de nos lettres. En guise d’avertissement préalable, cet article ne vise nullement à l’exhaustivité, la matière est trop riche, d’une part, et d’autre part, le tour d’horizon que je vous propose est très subjectif. Rien ne change alors, diront les mauvaises langues. Bon, trêve de préambule, en route!
Ce n’est pas un hasard si j’ai choisi une image de Gaston Leroux en tenue d’avocat, l’auteur Gaston Louis Alfred Leroux (1869-1927) de son nom complet exerça en effet cette profession, ce qui lui servit certainement pour ses futurs écrits ou abondent les crimes tordus et les assassins haut en couleur. Cela dit, il ne s’agit là que de sa première vie, la seconde, il la passa en tant que journaliste, une autre source d’inspiration probable (et sans doute plus que probable) pour son oeuvre. Il est bon de noter à ce propos, undes résultats concrets de cette période le reportage publié ensuite en volume réalisé en Russie « L’agonie de la Russie blanche », son seul livre de non-fiction.
Crimes, criminels, intrigues tordue, justice et journalisme. Les ingrédients sont réunis pour entrer en cuisine et concocter un plat savoureux dont le public est alors friand: le roman-feuilleton. Les journaux à l’époque diffusent non seulement les nouvelles mais également des récits mouvementés peuplés de personnages pittoresques et stéréotypés. Au début du XXème siècle, c’est à dire le temps de Gaston Leroux, la recette n’est déjà pas nouvelle, ce genre littéraire a son Panthéon, Eugène Sue et ses Mystères de Paris (dont se souviendront plus tard Frédéric Dard et peut-être davantage Léo Malet) Ponson du Terrail et Rocambole (un des rares personnages dont le nom est devenu un adjectif « Rocambolesque ») Michel Zevaco et ses « Pardaillan »; et quantité d’autres dont beaucoup sont oubliés aujourd’hui. Mais pas tous, dont notre ami Leroux qui lorsqu’il apparaît rejoint une longue liste d’auteurs populaires.
Donc, l’aboutissement premier de la tambouille de Gaston sera le malicieux reporter Rouletabille qui dénouera « Le mystère de la chambre jaune ». On me permettra de faire une pause ici, « Rouletabille » n’est pas ce que je préfère chez Gaston Leroux et ce pas par ce biais que je l’ai découvert. Cependant, je ne peux en nier l’importance et j’évoquerais ce qui me semble le plus intéressant dans cette part des oeuvres de Gaston Leroux.
L’autre personnage marquant chez Leroux est évidemment Chéri Bibi. Bagnard colossal injustement condamné, à l’effrayante laideur et au grand coeur, il déclenche une mutinerie sur la navire-prison qui les mènent lui et ses compagnons d’infortune vers la bagne de la Guyane.

Héros de cinq livres, ou il poursuivra l’amour de la belle aristocrate Cecily, sauvera des affligés pareils à lui, endossera diverses identités (notamment en se confectionnant des gants en peau humaine afin de changer d’empreintes) Chéri Bibi mélange courage, ingéniosité, cruauté et générosité, en plus de son terrifiant physique et permet de jeter les bases de nombreuses autres figues des romans de Leroux, tel Erick « Le fantôme de l’opéra » ou l’automate tueur (mais pas sans coeur) de « La poupée sanglante. A cela s’ajoute les déguisements, les résurrections et les substitutions d’identités qui seront fréquentes comme dans « L’homme qui revient de loin », « Mister Flow » etc.

Enfin, il s’agit d’un héros en butte à l’autorité, ce qui valut à Leroux d’être révéré par certains anarchistes (Libertalia, éditeur libertaire réédita il n’y a pas si longtemps les deux premiers volumes de la saga), ce qui peut se discuter. Lors de sa discussion avec le commandant de bord une fois après s’être rendu maître du navire dans « Les cages flottantes », le bagnard explique qu’il est une victime de la fatalité ( le fameux « Fatalitas » récurrent dans ses aventures) et qu’il n’accuse nullement le système, à la différence de « Petit Bon Dieu » un de ses co-détenus qui occupe tout son temps à rêver d’une réforme judiciaire. Cette absence de volonté révolutionnaire se confirme dans le dernier opus « Le coup d’état de Chéri Bibi » ou une agitation politique à laquelle le brave bagnard ne peut pas grand chose meurt, tuée dans l’oeuf, car personne, Chéri Bibi le premier, n’en veut.


Il faut plutôt voir une volonté satirique des travers du temps qu’une incitation à changer le monde existant. C’est en ce sens une version plus ludique et nettement moins tragique du crime que celle peinte par Georges Darien dans « Le voleur » dont le héros Georges Randal, fils de famille spolié de son héritage devient voleur sans se reconnaître parmi les autres criminels, y compris ceux qui épousent la cause anarchiste.
Outre tout ceci, l’aspect le plus marquant reste l’invraisemblance assumée et partagée dans le roman-feuilleton peuplés de super-criminels insaisissables et indestructibles Zygomar, Fantomas et compagnie. Ce qui nous amène….au fantastique.
A suivre…
