XX- Un air anglais
Cinquième partie- Un jeune souriant et en colère…..Kingsely Amis ou la révolte par le rire.

1953 marqua l’entrée fracassante dans le monde littéraire de Kingsley Amis avec la publication de son premier roman « Lucky Jim/ Jim la chance » qui lui valut d’être qualifié de « Voyou littéraire »
Pourquoi?

Mais il faut d’abord parler du livre lui-même. « Lucky Jim » (je garde le titre d’origine, qui lui fut rendu dans l’édition française lors de ses rééditions successives) met en scène’un jeune enseignant frais émoulu d’une des nombreuses « universités de briques » construites après-guerre, et qui débute dans la carrière dans une autre université de briques. Issu de la classe moyenne, il se trouve propulsé dans un monde qui n’est pas le sien et auquel il tente de s’adapter. Ce serait trop peu dire que le héros s’agite en vain, en fait il enchaîne gaffes et catastrophes avec une régularité métronomique jusqu’ à la chute finale ou lors d’une lecture il se présente dans un état proche de Serge Gainsbourg au meilleur de sa forme(éthylique, il va sans dire)
D’aucuns me demanderont ce qui a pu choquer à ce point. Quiconque connait la Grande Bretagne sait que ce pays repose sur un système de castes bien précis, tout bon anglais en conséquence connait sa place.
Ce système crée deux pôles majeurs, la classe supérieure comprenant l’aristocratie et la grande bourgeoisie d’une part et la classe ouvrière d’autre part. La classe moyenne dans ces conditions n’a pas la part belle au point que certains britanniques déclarent: « Quand vous êtes de la classe moyenne, vous êtes blanc! » Autrement dit, vous n’existez pas. Tout cela pour dire que « Lucky Jim » dans ce contexte était la revanche de la classe moyenne sur la haute et sur le prolo. Amis fut une sorte de porte-flambeau de ce milieu social, vantant son goût pour le Jazz et la Science-fiction – qui étaient des marqueurs sociaux de la petite bourgeoisie dans les années 1950- écrivant sur ces sujets. Son oeuvre très riche compte d’ailleurs, outre les romans et nouvelles, de nombreux essais. Sans compter un pastiche de James Bond, dont il était un fervent.

« Ne maps of Hell » essai sur la Science-fiction.

L’édition française de « Colonel Sun » pastiche de James Bond par Kingsley Amis sous le pseudonyme de Robert Markham.

Ce mini-scandale s’explique également par le contexte littéraire de l’époque, dominé par des écrivains « sociaux » sérieux et profondément ancré dans les classes populaires, tel Alan Silitoe (La solitude du coureur de fond/ The loneliness of the long distance runner ») ou John Osborne (« The entertainer/ Le cabotin) qui formaient une école littéraire dite des « Angry young men » ou « Jeunes hommes en colère » étouffés par leur sérieux. A la différence de ces derniers, Amis faisait preuve de plus de légèreté. Et ne s’attaquait pas non plus tout à fait aux mêmes thèmes. On peut à ce titre considérer que son oeuvre se situe avec son ode à la petite bourgeoisie entre Dickens qui se montra assez tendre avec cette classe tout en l’égratignant et Helen Fielding et sa « Bridget Jones » mais avec un autre talent que celle-ci.
Ainsi se termine ce dossier sur la un pan de la culture d’Outre-Manche du milieu du siècle dernier, évoquant les divers aspects de la population de ce pays, ses marges, ses snobismes et ses excentricités.
A bientôt!
