XVII- La lointaine Asie.
-Dernière partie, la littérature.

Afin de faire le lien avec l’article précédent, cette image ci-dessus d’un San Antonio…pour le sourire! Il est vrai que les rapports entre le cinéma français et ses homologues asiatiques n’ont guère été fructueux. Décor exotique qui vise à rehausser des produits de qualité médiocre, dans la plupart des cas. Quand la rencontre entre les deux donne quelque chose d’intéressant, c’est souvent par allusion. Le seul cinéaste qui y soit parvenu fut à ma connaissance Jean Pierre Melville avec bien entendu « Le samourai » (1967) et de manière moins évidente « Le cercle rouge » (1970) avec la citation du Bouddha çakyamuni à l’origine du titre sur laquelle s’ouvre le film.


Soit me direz vous, mais quid de la littérature? J’y viens. Mais avant d’y venir, je clos ma période sur les rapports entre la France et l’Asie sur le plan littéraire qui mériteraient une étude plus approfondie, mais ces articles étant d’abord un survol, je dois faire vite.
Il faut en convenir les échanges littéraires Asie/ France ont été fructueux, entre « La condition humaine » de Malraux, les récits autobiographiques cucul la praline de la mère Duras, l’interminable ( et très plan plan) saga coloniale » La nuit indochinoise » de Jean Hougron, la qualité est certes inégale mais plus fréquent que sur le grand écran.

Maintenant, il faut en venir à la littérature asiatique proprement dite, voici à ce propos une liste d’ouvrages – pour la plupart japonais- très personnelle…et non définitive!

» Les 47 ronins » de Jiro Osaragi narre une histoire tragique profondément ancrée dans l’histoire, la culture et la mentalité des japonais. Il s’agit de l’histoire vraie de la vengeance puis du suicide de 47 ronins, ou samourais sans maître, suite au suicide forcé de leur chef qui avait outragé un dignitaire de la cour.Adapté de nombreuses fois à la scène et à l’écran ( il existe même une récente version américaine avec Keanu Reeves) Récupéré lors de la période militariste, interdit par les américains lors de l’occupation du pays, en bref, c’est bel et bien une pièce maîtresse. Je ne vais pas entrer dans un débat sur le bien-fondé des actes de ces hommes qui relèvent d’une autre culture et surtout d’un autre temps. Quoiqu’on en pense, la relation de ce fait historique est une véritable mine quant au quotidien des japonais au XVIIIéme siècle, un document passionnant susceptible de plaire autant à des férus de cette civilisation qu’à ceux qui n’en connaissent rien. A lire.

» Les pornographes » de Akiyuki Nosaka publié en 1965 fit l’effet d’une bombe dans la monde littéraire japonais et il y avait de quoi. Ce récit des pérégrinations d’un groupe de pousse-mégots qui gagnent péniblement leur croûte en trafiquant des photos pornos suscita le scandale non pas tant en raison du caractère scabreux du sujet mais de la divulgation des marginaux que les japonais ne veulent pas voir. Il convient de dire un mot de l’auteur Nosaka, tant l’homme était exceptionnel. Né avec la guerre qui le priva de ses parents et de sa soeur ( tragédie qui lui inspira son roman « Le tombeau des lucioles ») il fut ensuite mineur, rugbyman, boxeur, journaliste (il fit tomber un gouvernement local corrompu) et enfin écrivain. Pour en revenir au livre lui-même, il est drôle, parfois cruel, émouvant et toujours respectueux envers ses personnages, en dépit de leurs impérities- et elles sont nombreuses. Salué par Mishima lors de sa publication, lequel était pourtant loin de partager les opinions anarchisantes de Nosaka, c’est un gage de qualité, le « capitaine Mishima » ne manquant pas de flair. Un grand livre, assurément. Chaudement recommandé.

» Haut le coeur » de Jun Takami – autre auteur anarchiste salué par Mishima – fut l’un des grands autres chocs littéraires des années 60 au pays de soleil levant. Dans ce roman, Takami narre le parcours d’un anarchiste vaguement terroriste et velléitaire durant une décennie depuis le tremblement de terre de 1922 jusqu’au début des années 30, période qui vit le Japon basculer vers une dictature militaire. Violent, désespéré, parfois tendre et empreint d’ironie, « Haut le coeur » est également un document passionnant – autant qu’une oeuvre littéraire de haute tenue- sur un pays en ébullition politique et intellectuelle qui victime de cette instabilité sombre dans le pire, à l’image de son héros. Recommandé.

» Gens de Taipei » de Bai Xianyong, un chinois pour une fois, est un recueil de nouvelles qui s’attache à décrire dans de courtes scènes le destin de personnages d’extractions diverses, militaires ou professeurs, dont la vie se confond avec celle de leur île. Plein d’émotion et de mélancolie, c’est un véritable bijou que je ne saurais trop recommander.
Voilà, c’est tout pour ce soir, j’aurais aimé en dire plus mais la littérature asiatique étant finalement peu traduite. Je tiens à m’en excuser auprès de vous. Bonne nuit en tout cas!
