XVII- La lointaine Asie
– Le cinéma, troisième partie.

Sans dresser un panorama complet du cinéma criminel japonais, il n’est pas exagéré de dater son véritable départ en 1949 avec « Chien enragé/ Nora inu » de Akira Kurosawa, ou la déveine d’un policier qui s’est fait voler son arme de service. Plus que le récit d’une mésaventure, « Chien enragé » est plutôt celui d’une quête qui mène le héros à s’interroger sur son rôle et à découvrir les laissés pour compte de la société, en particulier les victimes les plus misérables de la guerre qui à l’époque est un souvenir encore récent. Si le film de Kurosawa est très éloigné du film de Yakuza qui va éclore quelques années plus tard, il en pose néanmoins les bases. Exploration des bas-fonds, conséquences de la défaite d’un plus sur les plus modestes et les canailles, héros solitaire et torturé par un dilemme moral.
Si le film de Yakuza naît dans les années 50, il explose durant la décennie suivante pour diverses raisons. Le travail de promotion des firmes qui en produit à la chaîne (La Toei et surtout la Nikkatsu) l’atmosphère contestataire entretenue par les étudiants qui voient dans les truands des héros populaires, et aussi par le talent de certains réalisateurs qui vont apposer pour certains leurs marque sur le genre. A commencer par Seijun Suzuki qui va donner au Yakuza eiga un de ses premiers classiques « La jeunesse de la bête/ Yaju no seishun » (1963) avec en vedette Jo Shishido, histoire de flic infiltré au scénario extrêmement brillant et subtil.

« La jeunesse de la bête »
Ironiquement, le film n’est guère aimable envers les Yakuzas!

Autre classique incontournable de ce genre cinématographique « Combats sans code d’honneur/ Jingi nagi tatakai » (1973) de kinji Fukasaku, premier opus d’une longue saga consacrée à l’histoire d’un clan criminel. Cette série appartien quant à elle au sous-genre du « Jitsuroku » ou veine la plus réaliste du film de gangster nippon. Fukasaku fut un des artisans les plus actifs en la matière et offrait une vision gauchisante de la pègre, perçue par le cinéaste comme une sorte de rempart pour les plus pauvres. Cela se discute.

Bien entendu, le film criminel japonais ne se résume pas aux « Anikis » (autre nom des Yakuzas) mais cet article est un survol du genre et non une étude détaillée. Citons quand même d’autres saga pelliculées « La femme scorpion/ Jusho sasori 701 » (1972) de Shunya Ito, avec la vengeresse prisonnière immortalisée par la sublime Meiko Kaiji. Ou encore « Autant en emporte mon nunchalu/ Streetfighter/ Gekkitotsu satsujin ken » (1974) de Shigehiro Ozawa avec Sonny Chiba, bande de qualité contestable mais qui resta célèbre pour les scènes au rayon x montrant l’effet des coups sur le squelette des combattants.
